Rabat naturalise des Israéliens

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Les déclarations d’Amr Moussa ne sont pas anodines. Lorsqu’un ancien chef de la diplomatie égyptienne et ex-secrétaire général de la Ligue arabe tire la sonnette d’alarme, ce n’est jamais sans fondement stratégique. En pointant du doigt le Maroc comme une menace potentielle pour la sécurité de l’Algérie et même de l’Espagne, il met en lumière une réalité géopolitique de plus en plus troublante : l’imbrication croissante entre Rabat et Tel-Aviv.

L’octroi de la nationalité marocaine à des milliers d’Israéliens, dont certains issus des cercles sécuritaires et militaires, soulève une question fondamentale : où s’arrête la coopération diplomatique et où commence le risque d’ingérence ? Car derrière les passeports, ce sont des réseaux, des influences et potentiellement des intérêts sécuritaires qui circulent.

Depuis la normalisation avec Israël en 2020, le Maroc a multiplié les gestes de rapprochement, notamment dans les domaines militaire et du renseignement. Une orientation assumée par Rabat, mais qui ne cesse d’alimenter les inquiétudes de ses voisins, au premier rang desquels l’Algérie. Pour Alger, déjà en rupture diplomatique avec le royaume, cette dynamique est perçue comme une menace directe à ses équilibres sécuritaires.

Mais au-delà du face-à-face algéro-marocain, c’est toute la région méditerranéenne qui pourrait être impactée. L’Espagne, déjà confrontée à des tensions migratoires et territoriales avec Rabat, pourrait voir émerger un nouveau facteur d’instabilité, lié à la circulation de profils sensibles bénéficiant d’une double appartenance stratégique.

Faut-il pour autant céder à l’alarmisme ? La question mérite nuance. Car dans un monde globalisé, la double nationalité n’est pas en soi un crime. Ce qui inquiète, en revanche, c’est l’opacité entourant ces naturalisations et le profil des bénéficiaires évoqués. Si des acteurs liés à des appareils sécuritaires étrangers obtiennent des ancrages administratifs dans un pays tiers, alors le débat dépasse largement le cadre juridique pour entrer dans celui de la souveraineté.

Le Maroc joue ici une partition complexe, entre quête d’alliances stratégiques et affirmation de sa puissance régionale. Mais à trop vouloir diversifier ses appuis, Rabat pourrait bien fragiliser son environnement immédiat. Car la sécurité au Maghreb n’est pas un jeu à somme nulle : toute déstabilisation, réelle ou perçue, se répercute sur l’ensemble des équilibres régionaux.

En réalité, l’avertissement d’Amr Moussa dépasse le simple cadre d’une critique diplomatique. Il pose une question essentielle : jusqu’où un État peut-il aller dans ses alliances sans compromettre la confiance de ses voisins ?

Dans un Maghreb déjà fracturé, la moindre étincelle peut devenir un incendie. Et dans ce jeu d’ombres et d’influences, la prudence reste, plus que jamais, une nécessité stratégique.

  • Par Belkacem

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