Dans un revirement spectaculaire qui laisse les observateurs médusés, le président Donald J. Trump a multiplié ces dernières heures les attaques verbales d’une rare violence contre les dirigeants iraniens. Sur sa plateforme Truth Social et lors d’une intervention en direct sur Fox News, l’homme qui, il y a encore quelques jours, qualifiait les responsables de Téhéran d’« intelligents », de « joueurs très malins » et même de « high IQ », les a soudainement traités de « crazy bastards », de « thugs » (voyous) et d’« animals » (animaux).
Un changement de ton aussi brutal que déconcertant, au moment même où le locataire de la Maison-Blanche affirme que des discussions secrètes sont en cours entre Washington et Téhéran. Tout a basculé en quelques heures. Vendredi soir, Trump a publié une série de messages incendiaires sur Truth Social. « Les dirigeants iraniens sont des animaux fous. Ils n’ont aucune idée de ce qu’ils font. Des thugs complets ! » écrivait-il en lettres majuscules, avant d’ajouter dans un autre post : « Ils étaient très malins, très intelligents… maintenant ce sont juste des fous dangereux qui vont tout perdre. » Le contraste avec ses déclarations antérieures est saisissant. Lors de sa campagne de 2024 et même au début de son second mandat, Trump n’avait de cesse de louer l’intelligence tactique de ses adversaires iraniens. En novembre dernier, lors d’un meeting en Floride, il avait déclaré : « Ce sont des joueurs très malins, très intelligents, beaucoup moins radicaux que ce qu’on pense. High IQ people. Ils savent négocier. » Des compliments rares, presque admiratifs, qui avaient surpris jusqu’à ses propres partisans les plus hawkish. Samedi matin, invité sur Fox News dans l’émission « Fox & Friends Weekend », le président a semblé perdre définitivement le contrôle de son discours. Face à des animateurs visiblement déstabilisés, il a martelé : « Ils sont en train de discuter avec nous en ce moment même. Ils discutent, ils discutent beaucoup. Mais ce sont des animaux. Des animaux fous. » Il a ensuite affirmé que des négociations directes étaient en cours pour un cessez-le-feu dans le détroit d’Ormuz, en échange, selon lui, de la réouverture du trafic maritime et d’un allègement partiel des sanctions. « Ils savent qu’ils n’ont pas le choix. Ils sont en train de craquer », a-t-il ajouté, avant de lancer une nouvelle salve d’insultes : « Ces thugs n’ont jamais vu un président comme Trump. Ils vont regretter d’avoir joué avec le feu». Ce brusque changement de ton intervient dans un contexte de tensions extrêmes entre les deux pays. Depuis le début du mois de mars, les incidents se sont multipliés dans le Golfe : attaques de drones iraniens contre des navires américains, fermeture partielle du détroit d’Ormuz par Téhéran, et ripostes ciblées de la marine américaine. La communauté internationale retient son souffle, craignant une escalade vers un conflit ouvert. Pour les analystes, ce revirement verbal n’est pas anodin. « Trump a toujours pratiqué une diplomatie très personnelle, mélange de flatterie et d’insultes », explique le professeur Michael O’Hanlon, spécialiste du Moyen-Orient à la Brookings Institution. « Mais cette fois, le contraste est particulièrement brutal. Il passe du “very smart players” au “crazy bastards” en l’espace de quelques semaines. Cela reflète sans doute la frustration de la Maison-Blanche face à la résistance iranienne, mais aussi une stratégie de négociation très atypique : humilier publiquement pour mieux faire plier ensuite». Du côté iranien, la réaction ne s’est pas fait attendre. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Nasser Kanaani, a qualifié les propos du président américain de « pathétiques » et de « signes de désespoir ». Sur la chaîne de télévision d’État Press TV, un commentateur proche du Guide suprême a ironisé : « Monsieur Trump nous trouvait intelligents quand il pensait nous manipuler facilement. Aujourd’hui qu’il se heurte à notre fermeté, nous devenons soudain des animaux. C’est du Trump pur jus».
Par Rachid































