La visite le 16 juillet 2026 du président Abdelmadjid Tebboune en Allemagne : quelles perspectives ?

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 La visite du président Abdelmadjid Tebboune en Allemagne rentre dans le cadre du renforcement de la coopération économique, algéro-allemande notamment énergétique, mais qui   devrait aborder également les questions sécuritaires notamment les tensions au Moyen-Orient, et au niveau de la région sahélienne et les flux migratoires.

Par Dr Abderrahmane Mebtoul

Professeur des universités, expert international

1.-Comparaison économie Allemagne et Algérie

L’Allemagne partage ses frontières terrestres avec 9 pays voisins pour un total de 3.621 km. Les longueurs exactes des frontières sont les suivantes : Autriche : 815 km, République tchèque : 811 km, Pays-Bas : 575 km, Pologne : 467 km, France : 451 km, Suisse : 348 km, Luxembourg : 138 km, Belgique : 133 km  et le Danemark : 68 km.  Pour une population de 83,5 millions ,  le produit intérieur brut (PIB) de l’Allemagne qui en Europe avec l’Italie sont les pays les plus industrialisés,  s’est élevé à environ 5050 milliards de dollars, une légère reprise  après une récession. En effet, la croissance du PIB en 2025 a été estimée autour de +0,2% à +0,3%, marquant un faible rebond après la contraction des années précédentes. En 2025, le montant total des exportations de l’Allemagne s’est élevé à environ 1765 milliards de dollars US, tandis que les importations ont atteint environ 1 367 milliards de dollars US soit au total 3132 milliards de dollars. Le  taux d’inflation annuel moyen s’est stabilisé autour de 2,1%, le taux de chômage  à 6,3%  de la population active , après deux années de dégradation ininterrompue. En 2025, le déficit public de l’Allemagne s’est établi à 135 milliards de dollars   ce qui représente  environ 2,67 % du Produit Intérieur Brut (PIB), maintenant  le pays sous la barre européenne des 3 % malgré un contexte économique toujours sous tension.  Les réserves de change constituées principalement de réserves en devises, de Droits de Tirage Spéciaux (DTS) et surtout d’or, l’Allemagne détenant le deuxième plus grand stock d’or(3350 tonnes)  ont atteint environ 646 milliards de dollars en 2025. Comme partenaires économiques, la Chine en 2025 est redevenue le premier partenaire commercial global de l’Allemagne, totalisant 285 milliards de dollars suivi des États-Unis plus de 270 milliards de dollars qui demeurent toutefois la première destination des exportations allemandes, les autres partenaires majeurs étant  la France et les Pays-Bas. Pour l’Algérie qui a  une population en 2025 de 47,5 millions d’habitants, le PIB   a été évalué par le FMI pour 2025 à 286 milliards de dollars. Les  exportations algériennes  ont été ( données provisoires)  à environ 44 milliards de dollars  et les importations 60 milliards de dollars  soit au total importations – exportations un montant  entre 100 et 110 milliards de dollars  avec  comme principaux partenaires  Pour les   fournisseurs (importations) , la Chine arrive en tête (20% – 23%  des parts de marché), suivie de près par la France,    l’Italie , le Brésil et la Turquie et pour les clients  (exportations) : les pays européens en tète , , Espagne  , Turquie , qui  absorbent la majeure partie des exportations algériennes dominés à plus de 95% par les hydrocarbures. Mais des accords importants lient l’Algérie aux USA surtout dans l’énergie  et la Russie (coopération surtout militaire )  Les échanges entre l’Algérie de l’Allemagne ont  atteint environ 3,95 milliards de dollars.  Le montant total des marchandises et services expédiés par l’Allemagne vers l’Algérie s’est établi à 2,37 milliards de dollars  en 2025 et les exportations algériennes vers l’Allemagne   ont atteint 1,58 milliard de dollars , ce qui représente une hausse de près de 11 % par rapport à 2024 , la balance commerciale étant  excédentaire pour l’Algérie grâce à ses exportations d’hydrocarbures D’une manière générale, l’Algérie importe essentiellement de ce pays des équipements mécaniques, électriques, sidérurgiques, et des produits chimiques et des graisses. Les exportations algériennes sont, à l’inverse, constituées essentiellement des hydrocarbures (pétrole et gaz) et dérivés.

2.- Pour un partenariat gagnant- gagnant

Au cours de cette visite , l’Algérie devrait profiter davantage de l’expérience allemande dans tous les domaines sachant que les  milliers d’entreprises  PMI/PME  innovantes  que compte l’Allemagne forment la colonne vertébrale de l’économie, Plusieurs  sociétés d’Outre- Rhin sont implantées en Algérie.  Elles évoluent dans différents secteurs d’activité entre autres l’énergie, les services, l’hydraulique, le transport et les technologies de la construction. Les plus importantes sont Henkel,  le géant des produits d’entretien et adhésifs,  Knauf  leader des matériaux de construction, Siemens Energy acteur majeur dans les technologies de l’énergie, très impliqué dans la transition énergétique et l’ingénierie électrique et Linde Gaz Algérie ,leader des gaz industriels et médicaux, basé à Hussein Dey Mais il faut le reconnaître, cette coopération qui a connu un grand essor entre 1965/1978 , l’Allemagne ayant contribué à l’industrialisation durant cette période , elle  est loin des potentialités et   la volonté politique « partagée » par les deux capitales et leurs intérêts économiques et géostratégiques respectifs  est favorable au renforcement des échanges économique dans plusieurs secteurs.  Aussi,  l’objectif     de cette visite  est de renforcer le partenariat, tout en étudiant le marché économique des deux pays afin de rechercher les opportunités de coopération en vue d’accroître les échanges commerciaux et la coopération bilatérale notamment dans le secteur de l’énergie dont depuis le 02 juillet 2026  Sonatrach vient de livrer du GNL à l’Allemagne, chargée au niveau du complexe  de GL22 à Oran  et acheminée   au niveau du terminal  de regazéification  flottant de Wilhelmshaven1. Les exportations algériennes qui a fourni en 2025 40 milliards de mêmes cubes gaz  à l’Europe en 2025, lui permettant  de conserver sa place de 2eme grand fournisseur  et de figurer dans le top 10 mondial des pays exportateurs,   la structure des exportations  étant   constituées d’environ 70% par canalisation notamment à travers le  Transmed via Italie qui s’est imposée comme le principal client  avec environ 21 milliards de métrés cubes gazeux en 20025 et l’Espagne via le Medgaz d’une capacité de 10,5 milliards de mètres cubes gazeux, les  exportations par GNL représentant environ  30%. La coopération porte   également  sur  les énergies renouvelables   l’Algérie, ayant accordé  pour les prochaines années la priorité à ces sources d’énergie  dont le développement de l’hydrogène  des technologies de pointe maitrisées par l’Allemagne .dont le SouthH2 Corridor , le pipeline  transcontinental de 3400 km visant à acheminer  jusqu’à 5 millions de tonnes  d’hydrogène  par an depuis l’Algérie vers l’Europe

3.-Quelle conclusion tirer ?

Il est utile  de rappeler que lors de sa mission de consultations conclue le 30 juin 2026, le FMI a  salué , notamment la sortie de l’Algérie de la liste grise du GAFI et les efforts de diversification.de l’économie algérienne, qui reste pourtant marqué par la dominance de la rente des hydrocarbures  pour  97/98% des exportations  totales en devises  en incluant les dérivées d’hydrocarbures  qui sont inclus dans la rubrique hors hydrocarbures pour plus de 65% , tablant sur une croissance du PIB de 3,8 % et un PIB nominal d’environ 317 milliards de dollars pour 2026 notant que directement et indirectement  le PIB est largement irrigué par la rente des hydrocarbures. Le FMI recommande de résorber l’excès de liquidité bancaire et d’ajuster les taux pour contenir ces pression  et un ajustement à travers l’élargissement de l’assiette fiscale, la numérisation pour intégrer le secteur informel et le ciblage des subventions aux ménages vulnérables, de profondes réformes structurelles  afin d’alléger les procédures administratives, de stimuler la concurrence et d’améliorer le climat des affaires  par l’encouragement du secteur privé productif pour stimuler la croissance hors hydrocarbures.   Dans ce cadre , il s‘agira de favoriser le cadre d’un partenariat gagnant/gagnant dans divers domaines en intégrant l’accumulation du savoir faire technologique et managérial avec  les Allemands afin d’aboutir à la conclusion de contrats de coopération avec des entreprises algériennes dans des  filières où l’Algérie a un avantage comparatif. Les Allemands qui n’ont pas de contentieux historique avec l’Algérie, privilégiant le pragmatisme ont une vision stratégique, l’Algérie pouvant leur servir de  porte de l’Afrique afin de  favoriser le co-développement dans la région et atténuer les flux migratoires .

Cependant ,  il faut être réaliste  et se comparer au comparable. L’Allemagne est la troisième puissance économique mondiale derrière les États-Unis et la Chine) et le leader incontesté en Europeétant l’un des plus grands exportateurs de la planète et un pilier du commerce international. Ainsi, l’’Algérie pour 2025 représente 5,72% du PIB de l’Allemagne et dans les échanges commerciaux de l’Allemagne un taux très faible   0,13%.  Dans la pratique des affaires, il n’existe pas de sentiments, mais que des intérêts, espérons que la visite du président de la république en Allemagne puisse intensifier la coopération dans les domaines économiques, culturels  et géostratégiques dans le cadre du respect mutuel et en n’oubliant pas l’Afrique où l’Allemagne s’est engagée à hauteur de 4 milliards d’euros pour des investissements dans l’énergie verte en Afrique d’ici 2030, en particulier pour le développement de l’hydrogène et des matières premières. De plus, dans le cadre de l’initiative européenne Global Gateway, des programmes visant à transformer les chaînes d’approvisionnement énergétiques devraient mobiliser  d’importants financements.

 

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