La visite du président Abdelmadjid Tebboune en Allemagne rentre dans le cadre du renforcement de la coopération économique, algéro-allemande notamment énergétique, mais qui devrait aborder également les questions sécuritaires notamment les tensions au Moyen-Orient, et au niveau de la région sahélienne et les flux migratoires.
Par Dr Abderrahmane Mebtoul
Professeur des universités, expert international
1.-Comparaison économie Allemagne et Algérie
L’Allemagne partage ses frontières terrestres avec 9 pays voisins pour un total de 3.621 km. Les longueurs exactes des frontières sont les suivantes : Autriche : 815 km, République tchèque : 811 km, Pays-Bas : 575 km, Pologne : 467 km, France : 451 km, Suisse : 348 km, Luxembourg : 138 km, Belgique : 133 km et le Danemark : 68 km. Pour une population de 83,5 millions , le produit intérieur brut (PIB) de l’Allemagne qui en Europe avec l’Italie sont les pays les plus industrialisés, s’est élevé à environ 5050 milliards de dollars, une légère reprise après une récession. En effet, la croissance du PIB en 2025 a été estimée autour de +0,2% à +0,3%, marquant un faible rebond après la contraction des années précédentes. En 2025, le montant total des exportations de l’Allemagne s’est élevé à environ 1765 milliards de dollars US, tandis que les importations ont atteint environ 1 367 milliards de dollars US soit au total 3132 milliards de dollars. Le taux d’inflation annuel moyen s’est stabilisé autour de 2,1%, le taux de chômage à 6,3% de la population active , après deux années de dégradation ininterrompue. En 2025, le déficit public de l’Allemagne s’est établi à 135 milliards de dollars ce qui représente environ 2,67 % du Produit Intérieur Brut (PIB), maintenant le pays sous la barre européenne des 3 % malgré un contexte économique toujours sous tension. Les réserves de change constituées principalement de réserves en devises, de Droits de Tirage Spéciaux (DTS) et surtout d’or, l’Allemagne détenant le deuxième plus grand stock d’or(3350 tonnes) ont atteint environ 646 milliards de dollars en 2025. Comme partenaires économiques, la Chine en 2025 est redevenue le premier partenaire commercial global de l’Allemagne, totalisant 285 milliards de dollars suivi des États-Unis plus de 270 milliards de dollars qui demeurent toutefois la première destination des exportations allemandes, les autres partenaires majeurs étant la France et les Pays-Bas. Pour l’Algérie qui a une population en 2025 de 47,5 millions d’habitants, le PIB a été évalué par le FMI pour 2025 à 286 milliards de dollars. Les exportations algériennes ont été ( données provisoires) à environ 44 milliards de dollars et les importations 60 milliards de dollars soit au total importations – exportations un montant entre 100 et 110 milliards de dollars avec comme principaux partenaires Pour les fournisseurs (importations) , la Chine arrive en tête (20% – 23% des parts de marché), suivie de près par la France, l’Italie , le Brésil et la Turquie et pour les clients (exportations) : les pays européens en tète , , Espagne , Turquie , qui absorbent la majeure partie des exportations algériennes dominés à plus de 95% par les hydrocarbures. Mais des accords importants lient l’Algérie aux USA surtout dans l’énergie et la Russie (coopération surtout militaire ) Les échanges entre l’Algérie de l’Allemagne ont atteint environ 3,95 milliards de dollars. Le montant total des marchandises et services expédiés par l’Allemagne vers l’Algérie s’est établi à 2,37 milliards de dollars en 2025 et les exportations algériennes vers l’Allemagne ont atteint 1,58 milliard de dollars , ce qui représente une hausse de près de 11 % par rapport à 2024 , la balance commerciale étant excédentaire pour l’Algérie grâce à ses exportations d’hydrocarbures D’une manière générale, l’Algérie importe essentiellement de ce pays des équipements mécaniques, électriques, sidérurgiques, et des produits chimiques et des graisses. Les exportations algériennes sont, à l’inverse, constituées essentiellement des hydrocarbures (pétrole et gaz) et dérivés.
2.- Pour un partenariat gagnant- gagnant
Au cours de cette visite , l’Algérie devrait profiter davantage de l’expérience allemande dans tous les domaines sachant que les milliers d’entreprises PMI/PME innovantes que compte l’Allemagne forment la colonne vertébrale de l’économie, Plusieurs sociétés d’Outre- Rhin sont implantées en Algérie. Elles évoluent dans différents secteurs d’activité entre autres l’énergie, les services, l’hydraulique, le transport et les technologies de la construction. Les plus importantes sont Henkel, le géant des produits d’entretien et adhésifs, Knauf leader des matériaux de construction, Siemens Energy acteur majeur dans les technologies de l’énergie, très impliqué dans la transition énergétique et l’ingénierie électrique et Linde Gaz Algérie ,leader des gaz industriels et médicaux, basé à Hussein Dey Mais il faut le reconnaître, cette coopération qui a connu un grand essor entre 1965/1978 , l’Allemagne ayant contribué à l’industrialisation durant cette période , elle est loin des potentialités et la volonté politique « partagée » par les deux capitales et leurs intérêts économiques et géostratégiques respectifs est favorable au renforcement des échanges économique dans plusieurs secteurs. Aussi, l’objectif de cette visite est de renforcer le partenariat, tout en étudiant le marché économique des deux pays afin de rechercher les opportunités de coopération en vue d’accroître les échanges commerciaux et la coopération bilatérale notamment dans le secteur de l’énergie dont depuis le 02 juillet 2026 Sonatrach vient de livrer du GNL à l’Allemagne, chargée au niveau du complexe de GL22 à Oran et acheminée au niveau du terminal de regazéification flottant de Wilhelmshaven1. Les exportations algériennes qui a fourni en 2025 40 milliards de mêmes cubes gaz à l’Europe en 2025, lui permettant de conserver sa place de 2eme grand fournisseur et de figurer dans le top 10 mondial des pays exportateurs, la structure des exportations étant constituées d’environ 70% par canalisation notamment à travers le Transmed via Italie qui s’est imposée comme le principal client avec environ 21 milliards de métrés cubes gazeux en 20025 et l’Espagne via le Medgaz d’une capacité de 10,5 milliards de mètres cubes gazeux, les exportations par GNL représentant environ 30%. La coopération porte également sur les énergies renouvelables l’Algérie, ayant accordé pour les prochaines années la priorité à ces sources d’énergie dont le développement de l’hydrogène des technologies de pointe maitrisées par l’Allemagne .dont le SouthH2 Corridor , le pipeline transcontinental de 3400 km visant à acheminer jusqu’à 5 millions de tonnes d’hydrogène par an depuis l’Algérie vers l’Europe
3.-Quelle conclusion tirer ?
Il est utile de rappeler que lors de sa mission de consultations conclue le 30 juin 2026, le FMI a salué , notamment la sortie de l’Algérie de la liste grise du GAFI et les efforts de diversification.de l’économie algérienne, qui reste pourtant marqué par la dominance de la rente des hydrocarbures pour 97/98% des exportations totales en devises en incluant les dérivées d’hydrocarbures qui sont inclus dans la rubrique hors hydrocarbures pour plus de 65% , tablant sur une croissance du PIB de 3,8 % et un PIB nominal d’environ 317 milliards de dollars pour 2026 notant que directement et indirectement le PIB est largement irrigué par la rente des hydrocarbures. Le FMI recommande de résorber l’excès de liquidité bancaire et d’ajuster les taux pour contenir ces pression et un ajustement à travers l’élargissement de l’assiette fiscale, la numérisation pour intégrer le secteur informel et le ciblage des subventions aux ménages vulnérables, de profondes réformes structurelles afin d’alléger les procédures administratives, de stimuler la concurrence et d’améliorer le climat des affaires par l’encouragement du secteur privé productif pour stimuler la croissance hors hydrocarbures. Dans ce cadre , il s‘agira de favoriser le cadre d’un partenariat gagnant/gagnant dans divers domaines en intégrant l’accumulation du savoir faire technologique et managérial avec les Allemands afin d’aboutir à la conclusion de contrats de coopération avec des entreprises algériennes dans des filières où l’Algérie a un avantage comparatif. Les Allemands qui n’ont pas de contentieux historique avec l’Algérie, privilégiant le pragmatisme ont une vision stratégique, l’Algérie pouvant leur servir de porte de l’Afrique afin de favoriser le co-développement dans la région et atténuer les flux migratoires .
Cependant , il faut être réaliste et se comparer au comparable. L’Allemagne est la troisième puissance économique mondiale derrière les États-Unis et la Chine) et le leader incontesté en Europe, étant l’un des plus grands exportateurs de la planète et un pilier du commerce international. Ainsi, l’’Algérie pour 2025 représente 5,72% du PIB de l’Allemagne et dans les échanges commerciaux de l’Allemagne un taux très faible 0,13%. Dans la pratique des affaires, il n’existe pas de sentiments, mais que des intérêts, espérons que la visite du président de la république en Allemagne puisse intensifier la coopération dans les domaines économiques, culturels et géostratégiques dans le cadre du respect mutuel et en n’oubliant pas l’Afrique où l’Allemagne s’est engagée à hauteur de 4 milliards d’euros pour des investissements dans l’énergie verte en Afrique d’ici 2030, en particulier pour le développement de l’hydrogène et des matières premières. De plus, dans le cadre de l’initiative européenne Global Gateway, des programmes visant à transformer les chaînes d’approvisionnement énergétiques devraient mobiliser d’importants financements.






























