Du sommet du monde à la fuite en boîte : l’odyssée Ghosn

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Parmi les titans du monde industriel, peu de figures ont autant fasciné que. Stratège visionnaire, manager implacable et showman du capitalisme globalisé, il est devenu l’incarnation du leadership international, avant de devenir l’homme le plus recherché du Carlos Ghosn monde des affaires.

Son histoire a tout d’un film hollywoodien, sauf qu’elle est bien réelle. « Carlos Ghosn », ancien PDG du groupe Renault–Nissan–Mitsubishi, est aujourd’hui un fugitif international sous mandat d’arrêt d’Interpol, réfugié au Liban après une évasion spectaculaire du Japon, dissimulé dans une caisse de matériel musical. Une fuite digne d’un thriller, qui n’éclipse en rien la carrière hors norme de celui qui fut l’un des patrons les plus respectés et redoutés de la planète.

 L’homme qui a sauvé Nissan

L’histoire commence en 1999. Nissan, géant japonais de l’automobile, est à l’agonie. Renault, alors minoritaire, envoie un homme de confiance : Carlos Ghosn. Franco-libano-brésilien, formé à Polytechnique et HEC, Ghosn est connu pour son efficacité redoutable. En trois ans à peine, il renverse la situation : 20 milliards de dollars de dettes effacées, des usines réorganisées, une culture d’entreprise bousculée.

Malgré la méfiance du Japon conservateur, le « gaijin » (l’étranger) devient une icône du redressement industriel. Il est surnommé « le cost killer », puis « le samouraï du management ». En 2005, il prend aussi la tête de Renault, et orchestre l’Alliance Renault–Nissan–Mitsubishi, qui deviendra le premier constructeur automobile mondial en 2017.

Ghosn incarne alors la réussite mondialisée. Il parle six langues, gère trois sièges sociaux sur différents continents, et impose un style de management fondé sur la performance, la mobilité, et l’innovation rapide. Il valorise la diversité des équipes, promeut l’intégration culturelle dans l’industrie et impose des méthodes transversales. Ses interventions en conférences, ses apparitions publiques, sa pédagogie du leadership font de lui un modèle pour les business schools du monde entier. Ghosn ne dirige pas, il inspire. Jusqu’à ce que le rêve se transforme en cauchemar.

Arrestation et détention

Le 19 novembre 2018, coup de théâtre : Carlos Ghosn est arrêté à son arrivée à l’aéroport de Tokyo, soupçonné de fraude fiscale et d’abus de biens sociaux. S’ensuivent plus de 100 jours de détention dans des conditions sévères, sans jugement ni procès. Il dénonce une cabale orchestrée par les autorités japonaises et des factions internes à Nissan.

Libéré sous caution, « interdit de quitter le Japon », Ghosn comprend que sa chute est autant politique que judiciaire. Il prépare alors  l’impossible : s’enfuir. À la fin de l’année 2019, il quitte Tokyo en secret, dissimulé dans une boîte destinée au transport d’instruments de musique, à bord d’un jet privé. Direction : le Liban, pays de son enfance, qui ne dispose pas d’accord d’extradition avec le Japon.

Depuis sa fuite, Carlos Ghosn n’est plus le capitaine d’industrie, mais un homme en exil, en quête de réhabilitation. Il publie des livres, multiplie les conférences, intervient dans les universités et continue de défendre sa vision du management et de la justice.

Il ne nie pas les tensions internes à l’Alliance, mais dénonce un procès politique, motivé selon lui par le refus du Japon de voir un étranger dominer une entreprise nationale. Il critique également le système judiciaire nippon, qu’il qualifie de « piège kafkaïen », où l’accusé est, selon ses mots, « coupable jusqu’à preuve du contraire ».

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