Plus les archives Epstein s’ouvrent, plus la vérité semble se refermer. Trois millions de pages rendues publiques par le ministère américain de la Justice, mais une vérité morcelée, caviardée, amputée de ses éléments essentiels.
Loin d’apaiser les attentes, cette publication a ravivé la colère des victimes et renforcé un soupçon désormais central : celui d’une protection des puissants.
Car l’affaire Epstein n’est pas seulement celle d’un prédateur sexuel. Elle est celle d’un système de relations, tissé entre finance, politique, aristocratie et show-business. Autour du financier gravitaient des figures de premier plan : le « prince Andrew », contraint à un accord financier à l’amiable ; « Bill Clinton », dont le nom apparaît dans les carnets de vol ; « Donald Trump », ancien proche mondain ; les milliardaires « Leon Black et Leslie Wexner », piliers financiers d’Epstein pendant des années ; Le roi Mohamed 6 souverain du Maroc et Marine Le Pen, la figure principale du parti d’extrême droite en France, Tous nient les accusations. Aucun n’a été poursuivi. Mais tous apparaissent dans un dossier que la justice refuse encore de livrer dans son intégralité.
Le scandale est là : « les victimes sont exposées, les suspects protégés ». Des noms de jeunes femmes révélés par “erreur”, des photos non floutées, des données personnelles divulguées, tandis que des milliers de documents restent censurés sans justification légale claire. La loi sur la transparence adoptée par le Congrès interdit pourtant les caviardages motivés par l’embarras ou la réputation. Or c’est précisément ce que dénoncent d’anciens procureurs fédéraux.
L’argument des “enquêtes en cours” ne tient plus. Le ministère de la Justice lui-même a classé l’affaire sans suite pour les tiers. Dès lors, une question s’impose : que cherche-t-on encore à cacher ? Les échanges internes, les courriels anonymisés, les noms effacés d’hommes évoquant leurs visites chez Epstein ne relèvent plus de la protection des victimes, mais d’une opacité politique.
L’affaire Epstein agit comme un révélateur brutal : celui d’une justice prompte à sanctionner les exécutants, mais hésitante face aux réseaux d’influence. Deux morts en prison – Epstein à New York, Jean-Luc Brunel en France –, une seule condamnée, Ghislaine Maxwell, et des dizaines de pistes laissées en suspens. Le reste demeure sous scellés.
Ce dossier n’est plus seulement judiciaire. Il est devenu un test de crédibilité pour l’État de droit américain. Tant que l’ensemble des responsabilités ne sera pas établi, l’affaire Epstein restera le symbole d’une vérité négociée et d’une justice inachevée. Les victimes, elles, attendent toujours. Et l’histoire jugera sévèrement ceux qui auront préféré protéger les noms plutôt que la justice.
- Par Belkacem






























