Dans un geste sans précédent, l’Autorité nationale de régulation de l’audiovisuel (ARAV) a suspendu pour 48 heures quatre chaînes de télévision privées — Al-Bilad, Al-Wataniya, Al-Hayat et Al-Chourouk.
Le signal est clair : l’indiscrétion et la quête effrénée d’audience ont franchi les limites du tolérable. Pour la première fois depuis sa création, l’ARAV impose une mesure aussi forte, exposant au grand jour les dérives d’un paysage audiovisuel en perte de repères.
Les griefs sont graves : ces chaînes ont interrogé des blessés dans des services d’urgence et de réanimation, harcelé des familles de victimes en état de choc, diffusé des images et sons choquants sans avertissement préalable, et exploité les réseaux sociaux pour maximiser les interactions, au mépris de la dignité et de la vie privée des citoyens. Ces agissements, ont déclenché une vague d’indignation. Des reportages montrant des caméras braquées sur des parents en pleurs ou des blessés à l’agonie ont choqué une société déjà éprouvée par ces crises, amplifiant les appels à une régulation plus stricte. Ce qui devrait relever de la compassion s’est transformé en spectacle, au mépris de la douleur humaine. Sanctionnée pour des manquements graves, cette mesure pourrait marquer un tournant dans la régulation des médias.
Mais au-delà de la sanction, cette affaire pose une double question. D’un côté, celle de la déontologie journalistique et de l’autre, celle de la régulation : l’ARAV peut-elle se positionner comme garant de l’éthique? Il ne s’agit pas ici de défendre l’indéfendable. Les pratiques dénoncées heurtent la conscience collective et salissent le métier. Mais la solution ne peut résider uniquement dans la suspension punitive. Elle doit s’accompagner d’un chantier de fond : formation, clarification des règles, responsabilisation des rédactions, et surtout, indépendance des organes de régulation. Sur les réseaux sociaux, les réactions s’entrechoquent. Certains saluent la décision – « Une claque méritée aux médias voyeurs ! » D’autres, applaudissent cette sanction, dénonçant depuis longtemps ces dérives.
Cette décision est un signal fort : le temps des excès est compté. Cependant, son impact dépendra de la capacité de l’ARAV à imposer des standards clairs et d’une volonté politique de soutenir un journalisme éthique, loin des pressions économiques et politiques. Pour l’Algérie, c’est un test de maturité médiatique, où la dignité humaine doit primer sur le clic, sous peine de voir la confiance des citoyens s’effriter davantage dans un paysage audiovisuel déjà fracturé.
Dans cette bataille entre liberté et responsabilité, c’est la crédibilité même du journalisme qui est en jeu. Et avec elle, la confiance d’un public de plus en plus méfiant, parfois indifférent, souvent écœuré. L’éthique ne devrait jamais être une option. Elle est, aujourd’hui plus que jamais, une urgence. Riad






























