Jeudi 22 janvier 2026, France 2 diffusait un nouvel épisode de « Complément d’enquête » intitulé «Rumeurs et coups tordus : la guerre secrète France-Algérie ». Ce reportage a provoqué une vive réaction officielle. L’agence APS et le ministère des Affaires étrangères algérien l’ont qualifié de « tissu de contre-vérités » et de « véritable agression contre l’État algérien, ses institutions et ses symboles».
Le plus choquant reste la participation active de Stéphane Romatet, ambassadeur de France en Algérie (nommé en 2023 et exerçant depuis Paris suite aux tensions). Il intervient dans l’émission pour commenter, entre autres, la décision d’Emmanuel Macron sur le Sahara occidental et ses conséquences sur les relations bilatérales. Sa présence a légitimé un format perçu comme hostile et unilatéral. Cela constitue une violation flagrante des traditions diplomatiques. Un ambassadeur accrédité (ou exerçant encore sous ce titre) a pour mission première de représenter son pays, de promouvoir des relations amicales et de respecter la souveraineté de l’État hôte. Selon la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques (1961), les diplomates doivent s’abstenir de toute ingérence dans les affaires intérieures et adopter une conduite qui ne porte pas atteinte aux bonnes relations bilatérales. Participer à un reportage télévisé public qui dresse un tableau largement négatif du pays d’accréditation – en évoquant espionnage, « guerre secrète », rumeurs et coups tordus – bafoue ces principes fondamentaux. Un diplomate ne se fait pas le relais, même indirect, d’un programme qui exacerbe les tensions plutôt que de les apaiser. Le fait que Romatet intervienne depuis Paris n’atténue en rien la gravité : il reste le représentant officiel de la France auprès de l’Algérie. Sa participation donne une caution institutionnelle à un contenu jugé offensant par Alger. La réaction algérienne fut immédiate et proportionnée : convocation du chargé d’affaires français à Alger (l’ambassadeur n’étant pas en poste sur place). Cela s’inscrit dans un contexte de crispations durables depuis l’été 2024 (rappel de l’ambassadeur algérien à Paris, blocage des négociations sur l’accord de 1968, divergences régionales sur le Sahara occidental). Cette affaire illustre une forme de diplomatie médiatique maladroite, voire contre-productive. Au lieu de privilégier les canaux discrets et le dialogue respectueux – essentiels entre deux pays liés par une histoire complexe et des intérêts partagés –, Paris semble tolérer, voire encourager, une communication publique qui envenime les relations. Stéphane Romatet, en acceptant de figurer dans ce reportage, a non seulement manqué de prudence mais a aussi porté atteinte à la crédibilité de sa fonction et au nécessaire apaisement bilatéral. Dans un moment où des signaux de reprise du dialogue existent (échanges rétablis depuis quelques mois selon certaines déclarations), de tels écarts diplomatiques risquent de compromettre durablement la confiance mutuelle. La France, qui se veut puissance responsable et partenaire de l’Algérie, gagnerait à rappeler à ses représentants les fondamentaux de la courtoisie et du professionnalisme diplomatiques. Un ambassadeur doit construire des ponts, pas alimenter les feux d’une « guerre secrète » médiatisée. Charef Slamani






























