L’objectif stratégique du gisement de Gara Djebilet

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Etant actuellement à l’étranger, je constate des débats tronqués sur la rentabilité du fer de Gara Djebilet souvent sans analyses sérieuses et ce, dans plusieurs sites, l’objectif étant de porter une vision négative sur la rentabilité de ce projet, s’en tenant à la commercialisation à l’état brut, dénaturant l’objectif stratégique de ce projet, semant le doute auprès de la population algérienne.

Par Dr Abdelrahmane Mebtoul

Je regrette que tant la presse algérienne que les plateaux de télévisions algériens ne portent pas un débat contradictoire sur une base scientifique.  Que des médias et des centres de recherche américains de premier plan auraient mis en exergue l’importance majeure que revêt le gisement de Gara Djebilet selon l’APS du 30/01/2026, cela ne suffit pas car il faut démontrer concrètement sa rentabilité et son impact pour faire face aux polémiques stériles qui n‘apportent aucune valeur   ajoutée. Dans le prolongement de mes différentes interventions et aient été directeur d’études aux ministères de l’industrie et de l’énergie de 1974/2017 connaissant parfaitement ce dossier de 1974 à 2016 (voir www.google.com- 2008-2015/2020-2025) cette présente très brève contribution est d’éclairer l’opinion publique.

1.-Élément chimique utilisé depuis la préhistoire, le fer composé de 5% de la croûte terrestre, les alliages contenant du fer étant utiles dans l’alimentation, les médicaments mais surtout pour la fonte et tous les produits de la sidérurgie, environ 98% étant destiné à l’acier, dont 70% de matières premières brutes et 30% à partir de la ferraille. Sous réserve de descendre à l’aval, l’exploitation du fer de Gara Djebilet un des plus grands gisements au niveau mondial est un projet dynamisant et structurant pour l’économie. Le gisement du fer de Gara Djebilet est classé le 2e au niveau mondial, en termes de réserves, avec 3,5 milliards de tonnes, dont 1,7 exploitable avec une teneur élevée de 58,67%, derrière l’Australie 5,1 milliards de tonnes, devant le Brésil 3,4 milliards de tonnes, la Russie 2,9 milliards de tonnes et la Chine 2 milliards de tonnes. La découverte du gisement de Gara Djebilet date depuis les années 1950 avec les études du Bureau de recherche minière en Algérie en 1953, le Bureau d’investissement en Afrique en 1959, le Service d’études et recherches minières en 1961 jusqu’aux premières tentatives de développement à titre expérimental du site avec l’entrée en scène de la Sonarem après la nationalisation des mines.  La mine de fer de Gara Djebilet est composée de trois zones d’exploitation : Gara Djebilet-Ouest, Gara Djebilet-Centre et Gara Djebilet-Est. Le lancement du projet est tributaire de la disponibilité de quantités suffisantes d’eau dans la région, des infrastructures ferroviaires et énergétiques,  de  la réalisation de la ligne ferroviaire reliant Béchar à Tindouf (950 km) qui  est terminée , qui devrait être inauguré  avant fin février 2026   ainsi que la modernisation de la ligne Béchar Oran  , d’une longueur de 648 km  soit au total Tindouf- Bechar -Oran  de 1598 km , beaucoup plus si on doit aller à Jijel et Annaba , afin  d’ acheminer le minerai de fer vers les sites de transformation et d’exploitation au Nord du pays.

2.-La minimisation du coût d’exploitation et du transport est fondamentale pour déterminer la rentabilité du projet ainsi que la résolution notamment de la teneur du minerai en phosphore et en arsenic en parvenant à réduire le taux du phosphore dans le fer pour le porter de 0,8% à 0,03%. L’on devra tenir compte par ailleurs de l’évolution vecteur prix au niveau international, des coûts pour protéger l’environnement, une formation pointue, l’université de Béchar devant être associée et devant retirer la part du partenaire étranger. Le 09 mai 2022, le ministre des Mines (source APS) avait annoncé officiellement que la réalisation du projet de Gara Djebilet nécessitera plusieurs installations, ayant un coût variant entre 1 et 1,5 milliard de dollars par an sur une période allant de 8 à 10 ans donnant entre 12 et 15 milliards de dollars dont le retour en capital se fera entre 7/8 ans donc vers 2033/2034. Cela n’est pas propre à ce projet, après le début d’exploitation en T0 la rentabilité d’une PMI/PME sous réserve de la levée des contraintes bureaucratiques, se situe entre 3/4 ans et pour les projets capitalistiques entre 7/8 ans.  Aussi, les objectifs de ce projet, selon le ministère de l’Énergie et des Mines avec plusieurs phases étant prévu 40/50 millions de tonnes entre 2026/2030 et plus entre 2030/2040,   est d’économiser deux milliards de dollars en intrants, d’exporter et de favoriser l’intégration de l’économie algérienne, mais cela suppose un partenariat gagnant -gagnant et de descendre à l’aval de la filière pour la production de produits à forte valeur ajoutée dont les aciers spéciaux. Dans le cadre de l’approche intégrée pour l’exploitation du gisement, ce dernier devait être renforcé par un complexe sidérurgique dans la wilaya de Bechar, via un investissement d’un milliard de dollars spécialisé dans la production des rails et des profilés en acier. Cette usine compte également plusieurs unités de traitement et de transformation du fer, de fabrication de wagons pour le transport du minerai de fer de Gara-Djebilet vers Bechar et le complexe sidérurgique de Bethioua (Oran).

En conclusion, l’Algérie a besoin non pas de polémiques d’assimilation à de la propagande, mais de débats contradictoires productifs loin de tout dénigrement. Le commerce du fer à l’état brut apporte peu de valeur ajoutée, ce n’est pas le pétrole mais un profit juste moyen   et c’est pourquoi le président de la République officiellement dans plusieurs conseils des ministres a ordonné au gouvernement de ne pas exporter le fer à l’état brut qui couvrirait à peine les coûts, mais de le valoriser à l’aval et c’est l’objectif de la mise en exploitation de ce projet pour qu’il ait une rentabilité réelle.  Aussi, sous  réserve de sa valorisation  à l’aval , de l’utilisation d’une énergie mixte combinant majoritairement énergies renouvelables et  accessoirement le gaz naturel,  d’utiliser des techniques économisant l’eau,  ce projet constitue l’un des plus importants projets structurants sur lesquels mise l’Algérie pour impulser une nouvelle dynamique à son économie, (intégration économique   et économie de devises) de créer   des milliers d’emplois directs et surtout indirects   et de dynamiser les exportations  hors hydrocarbures de produits à forte valeur ajoutée en  direction de l’Afrique et de l’Europe, espace économique naturel de l’Algérie.

 

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