Paris perd pied à Alger

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En 2025, les relations économiques entre la France et l’Algérie traversent une phase critique. Héritières d’une histoire tourmentée et marquées par une interdépendance ancienne, elles oscillent entre défis diplomatiques persistants et perspectives de relance. La mémoire coloniale pèse toujours lourd, freinant l’établissement d’un véritable climat de confiance.

La colonisation française (1830-1962) et la guerre d’indépendance ont laissé des cicatrices profondes. L’Algérie réclame toujours la reconnaissance des exactions coloniales, notamment les essais nucléaires dans le Sahara. La France, prudente, évite les gestes forts, redoutant des répercussions politiques internes. Cette tension mémorielle continue de parasiter les relations économiques.

Jusqu’en 2019, la France assurait 90 % des importations algériennes de blé tendre. En 2023, sa part est tombée à zéro. En cause : la concurrence accrue de la Russie et de l’Ukraine, des prix plus attractifs, mais aussi une récolte française affaiblie par des conditions climatiques défavorables. Un revers sévère pour les producteurs français.

L’usine Renault d’Oran, inaugurée en 2014 pour un investissement de 50 millions d’euros, incarne aujourd’hui l’impasse. Prévue pour produire 25 000 véhicules par an, elle n’en a assemblé que 2 400 en 2023. Les tensions politiques ont paralysé le projet. En 2025, sa fermeture semble inévitable, alors que Fiat s’impose comme le nouvel acteur automobile en Algérie.

La Chine, premier fournisseur de l’Algérie depuis 2013, conforte sa position. En 2023, ses exportations vers Alger ont atteint 9,46 milliards de dollars. Un chiffre qui illustre le recul progressif de la France sur un marché autrefois stratégique.

En avril 2025, la rencontre entre le ministre français Jean-Noël Barrot et le président Tebboune avait laissé entrevoir un renouveau. Une normalisation des relations avait été annoncée. Mais l’arrestation d’agents consulaires algériens en France, en violation des conventions diplomatiques, a immédiatement ravivé les tensions.

Face aux incertitudes, Alger accélère sa transformation économique. En 2023, les exportations non pétrolières ont atteint 5,1 milliards de dollars. Le développement du système portuaire communautaire (APCS), appuyé par la Banque mondiale, et l’adhésion à la Zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA) ouvrent de nouvelles perspectives.

Malgré le refroidissement actuel, l’Algérie reste un partenaire incontournable pour la France. À condition d’adopter une approche respectueuse pour transformer son différend en leviers de coopération renouvelée.  Riad

 

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