Au cœur de la guerre menée contre Gaza et du blocage du processus politique, la reconnaissance par l’entité Israélienne de la région autoproclamée du « Somaliland » comme État indépendant dépasse largement la simple manœuvre diplomatique.
Elle s’inscrit dans une lecture stratégique plus vaste, où ressurgit, sous des formes nouvelles, l’un des scénarios les plus redoutés : le déplacement forcé des Palestiniens, réactivé dans les marges du débat international.
Depuis la « Nakba » de 1948, le déplacement a constitué un axe constant de la pensée stratégique sioniste— parfois assumé, parfois dissimulé sous des formulations techniques, sécuritaires ou humanitaires. À chaque crise majeure, cette idée revient, sous forme d’études, de fuites ou de « propositions informelles », jusqu’à devenir un horizon implicite des discussions.
Dans ce contexte, la reconnaissance du Somaliland ne saurait être lue comme un simple acte bilatéral. Cette région non reconnue internationalement, isolée et en quête de légitimité externe, peut — en théorie — servir de laboratoire géopolitique où s’expérimentent de nouvelles formes de réorganisation démographique sous couvert de projets économiques, de stabilisation sécuritaire ou d’accueil humanitaire.
L’entité Israélienne y verrait un double avantage : renforcer sa présence stratégique près de la mer Rouge et du détroit de Bab el-Mandeb, élargir son cercle d’alliances africaines hors du cadre régional traditionnel, en réduisant son isolement diplomatique, et le plus inquiétant demeure la tentation d’utiliser ce levier comme « soupape démographique » pour Gaza, conformément à une logique sécuritaire profondément ancrée dans la doctrine sioniste.
Les réactions rapides de la Chine traduisent cette inquiétude. Pékin y voit un précédent dangereux qui encourage les tendances séparatistes et menace ses intérêts maritimes. Le Caire, pour sa part, considère toute modification de l’équilibre stratégique en mer Rouge comme une menace directe pour sa sécurité nationale.
Car l’enjeu dépasse Gaza : il touche au principe même du droit au retour, à la continuité territoriale palestinienne et à la stabilité régionale. Dans un monde où le respect du droit international recule et où les violations massives restent impunies, la crainte est grande de voir le déplacement présenté, demain, comme une « solution réaliste ».
La reconnaissance de l’entité Israélienne du Somaliland ne prouve pas l’existence d’un plan imminent de transfert de population. Mais elle révèle une tendance inquiétante : l’usage des reconnaissances politiques pour remodeler les réalités géographiques — au détriment des peuples les plus vulnérables.
Face à ces dérives, il ne suffit pas de dénoncer. Il faut rappeler un principe intangible : « Gaza fait partie intégrante de la Palestine », et aucune solution qui contourne la souveraineté palestinienne ne pourra produire ni paix ni stabilité. Le déplacement — vers le Somaliland ou ailleurs — ne serait pas une issue, mais la promesse d’un conflit plus profond, plus violent et plus durable, du Moyen-Orient jusqu’à la Corne de l’Afrique.

































