TURQUIE-LIBYE : Erdogan lâche Dbeibah et joue la carte Haftar

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Depuis l’assassinat du Guide Mouammar Kadhafi une tragédie qui a démembré la Libye et ouvert le pays aux appétits extérieurs. L’Etat ressemble à un gâteau dépecé en silence, chacun voulant arracher sa part. Le Qatar tente de revenir au centre du jeu en offrant de financer le processus politique, initiative opaque et déjà mal accueillie.

Mais l’essentiel se joue ailleurs. La Turquie avance méthodiquement ses pions, sans affect, en fonction de ses seuls intérêts. Erdogan, fidèle à son pragmatisme, n’est plus simplement l’allié du gouvernement d’union nationale de Dbeibah. Ankara pivote désormais vers l’Est libyen, vers le maréchal Khalifa Haftar et son clan, qui contrôlent les deux tiers du territoire de la Libye et, surtout, les ressources. La troisième visite en 2025 du général Saddam Haftar à Ankara n’est pas un simple geste diplomatique. Elle acte un basculement. Le fils du maréchal, propulsé numéro deux de l’ANL, devient l’interlocuteur majeur de la Turquie. Ce n’est pas l’idéologie qui attire Erdogan, mais le contrôle des infrastructures et des richesses. Ankara a compris que miser seulement sur Tripoli n’était plus rentable. La Turquie veut s’implanter dans l’Est, sécuriser des positions en Méditerranée, capter le gaz offshore, s’ouvrir un corridor commercial vers l’Afrique centrale. Ce projet passe par la prise de contrôle silencieuse du port de Benghazi, plateforme idéale pour irriguer les marchés africains. Les communications officielles évoquent une coopération militaire pour « répondre aux défis sécuritaires ». La réalité, elle, est plus simple. La Turquie cherche des leviers économiques et stratégiques, l’ANL réclame en échange des royalties et une reconnaissance politique que Dbeibah ne pouvait pas lui offrir. Les accords gaziers en Méditerranée constituent le cœur du marché. Haftar s’y est longtemps opposé, craignant d’y perdre son autonomie. Les lignes ont bougé dès lors qu’Ankara a accepté les conditions imposées par l’Est et offert un partenariat où chacun engrange sa rente. Dbeibah apparaît désormais marginalisé, relégué au rôle d’interlocuteur utile mais non essentiel. Erdogan le lâche sans fracas, préférant s’arrimer au camp qui contrôle la Libye, ses terminaux, ses ports, et ses plus grandes réserves. L’Algérie observe ce mouvement avec un mélange de vigilance et de lucidité. Le rapprochement turco-Haftar recompose l’équilibre régional, déplace des lignes qui jusque-là semblaient figées et redistribue les influences autour du gaz méditerranéen et de la profondeur stratégique libyenne. Une certitude demeure : la Turquie avance, les Libyens subissent, et les puissances extérieures ajustent leurs alliances au rythme des opportunités, sans jamais tenir compte de la souveraineté du peuple libyen.

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