Algérie-France : l’heure des conditions

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La relation entre l’Algérie et la France continue d’évoluer sur une ligne de crête où diplomatie et souveraineté s’entremêlent.

À l’occasion de son entretien périodique avec la presse nationale, le président Abdelmadjid Tebboune a livré un message d’apparence sobre, mais politiquement dense. En affirmant ne pas vouloir répondre directement à la France, le chef de l’État a choisi la retenue verbale, tout en fixant des lignes rouges claires sur des dossiers particulièrement sensibles.

Le dossier des expulsions, notamment celui des obligations de quitter le territoire français (OQTF), cristallise aujourd’hui les tensions entre Alger et Paris. Pour le président Tebboune, la question dépasse la simple gestion administrative. Elle touche à la dignité des ressortissants algériens et au respect des procédures internationales. En rappelant que certaines personnes visées vivent en France depuis plus d’une décennie, Alger entend replacer le débat dans une dimension humaine et juridique, loin des décisions expéditives souvent dictées par des impératifs politiques internes en France.

La position algérienne se veut méthodique et souveraine. Elle repose sur un processus précis : information préalable des autorités algériennes, intervention consulaire, vérification de la situation individuelle, puis délivrance éventuelle d’un laissez-passer. Cette démarche traduit la volonté d’Alger de ne pas subir les décisions unilatérales tout en restant attachée aux mécanismes diplomatiques classiques.

La formule prononcée par le président – « celui qui veut humilier ou ridiculiser l’Algérie n’est pas encore né » – s’inscrit dans un registre symbolique fort. Elle répond autant aux attentes de l’opinion nationale qu’aux signaux envoyés aux responsables politiques français. Elle reflète une doctrine diplomatique qui conjugue ouverture au dialogue et refus catégorique de toute atteinte à la souveraineté nationale.

Dans le même temps, le président Abdelmadjid Tebboune a évité de fermer la porte à la coopération. En se disant disposé à accueillir une éventuelle visite du ministre français de l’Intérieur, il maintient un canal de dialogue indispensable à la gestion des dossiers communs. Le geste s’inscrit dans une stratégie de désescalade, confirmée par l’accueil réservé à Ségolène Royal, perçue par Alger comme une voix favorable à un rapprochement équilibré entre les deux pays.

Les relations franco-algériennes restent prisonnières d’un héritage historique lourd, auquel s’ajoutent des différends politiques et migratoires récurrents. Chaque déclaration, chaque geste diplomatique devient ainsi un test de confiance mutuelle. En optant pour une fermeté maîtrisée, le président Tebboune semble vouloir redéfinir les règles du partenariat avec Paris : un dialogue ouvert, mais fondé sur le respect strict de la souveraineté et de la dignité nationale.

L’avenir de cette relation dépendra désormais de la capacité des deux capitales à dépasser les réflexes politiques conjoncturels pour construire un partenariat lucide. Car entre l’Algérie et la France, l’histoire impose la prudence, mais la géographie et les intérêts communs exigent le dialogue.

  • Par Belkacem

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