Le gouvernement espagnol a demandé mercredi des éclaircissements sur un éventuel rapport de police attribuant aux forces de sécurité marocaines un rôle dans l’entrée massive de quelque 70.000 migrants à Ceuta les 30 et 31 juillet.
Le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a demandé au directeur général de la police de lui communiquer « dans les plus brefs délais » le contenu de ce document, qui aurait été rédigé par le Centre national de l’immigration et des frontières (CENIF). D’après le média espagnol El Español, ce rapport aurait été transmis à l’Audience nationale, une haute juridiction madrilène chargée de recueillir des informations sur la crise. Le document affirme que l’entrée des migrants depuis le Maroc a été « guidée par des gendarmes marocains aux ordres d’agents en civil poursuivant un objectif autre que migratoire ». Ces conclusions n’ont pas été confirmées officiellement. Elles contredisent la version défendue par le gouvernement espagnol. Le Premier ministre Pedro Sánchez a assuré lundi qu’aucun des services de renseignement travaillant avec Madrid ne disposait d’éléments faisant apparaître une implication des autorités marocaines mais que des infox avaient circulé, « associées à la fois à la Russie et à Israël, ainsi qu’à une extrême droite internationale ». Des manifestations pacifiques sont organisées mercredi soir dans une trentaine de villes espagnoles en soutien à Ceuta, sous les slogans « Ceuta, c’est l’Espagne », « Toute l’Espagne pour Ceuta » et « Ceuta n’est pas seule ». La mobilisation, prévue à 20 heures, est portée par le mouvement citoyen « Por Ceuta », qui affirme ne dépendre d’aucun parti politique, syndicat ou groupe militant. Elle coïncide avec le « Día de Ceuta », célébré chaque année le 2 septembre. Le mouvement demande que l’intégrité territoriale de l’enclave soit garantie, que les droits humains soient respectés et que les migrants soient renvoyés dans leur pays d’origine, à l’exception des personnes relevant d’une protection humanitaire. Entre 5.000 et 10.000 migrants resteraient présents dans cette ville autonome espagnole située sur le continent africain, selon les estimations divergentes du gouvernement central et des autorités locales. Pedro Sánchez a annoncé la création prochaine de 6.000 places d’accueil, ainsi qu’une aide supplémentaire de 168 millions d’euros destinée à Ceuta. Le statut des migrants doit être examiné avant un éventuel retour vers le Maroc. Madrid a également confié au ministre de la Politique territoriale, Ángel Víctor Torres, la direction d’un commandement unique chargé de coordonner la réponse à la crise. La procureure de Ceuta, Silvia Rojas, a parallèlement alerté sur une « augmentation exponentielle » des agressions sexuelles depuis l’arrivée massive de migrants. Vingt-trois plaintes ont été enregistrées depuis le début de la crise, soit « presque un cas par jour », a-t-elle indiqué dans un entretien publié mardi par le quotidien El País. Certaines victimes sont des migrantes mineures, particulièrement vulnérables en raison de leur situation irrégulière, a précisé la magistrate. Celle-ci estime que le nombre réel d’agressions pourrait être supérieur, certaines victimes ne portant pas plainte par peur ou en raison de leur statut. Huit hommes font l’objet d’une enquête dans ces affaires : quatre Marocains, trois Espagnols et un Belge. Le parquet demande la mise en place de mesures de protection pouvant aller d’une interdiction de contact ou d’une ordonnance d’éloignement au placement en détention provisoire des suspects. Les autorités espagnoles estiment qu’environ 1.200 mineurs non accompagnés restent présents à Ceuta. La procureure évalue pour sa part leur nombre entre 1.400 et 1.600, alors que les capacités habituelles de la ville sont limitées à 29 places. Silvia Rojas a appelé à répartir ces mineurs entre les différentes régions espagnoles avant d’examiner, au cas par cas, un éventuel regroupement familial ou retour dans leur pays d’origine. Elle estime que l’afflux a provoqué l’engorgement des services de protection de l’enfance, de santé et d’éducation dans une ville comptant environ 80.000 habitants. Par Anadolu Ajansi




























