À l’approche des élections locales, les formations politiques algériennes se livrent à une véritable course discrète pour attirer des candidats présentant un profil irréprochable, capable d’échapper à toute vigilance de l’autorité de contrôle et de ne prêter le flanc à aucune contestation.
Selon l’article 184 du code électoral, un candidat ne doit pas avoir été condamné définitivement à une peine privative de liberté pour crime ou délit sans réhabilitation, à l’exception des délits non intentionnels. Il doit également justifier de sa situation vis-à-vis de l’administration fiscale, que ce soit par le paiement des sommes dues, un échéancier de règlement, ou la preuve de sa non-imposition. Mais la condition la plus sensible reste celle qui exclut toute personne publiquement connue pour ses liens avec des milieux d’affaires suspects susceptibles d’influencer, directement ou indirectement, le libre choix des électeurs et le bon déroulement du scrutin. Cette disposition, qui reprend le dernier alinéa de l’article 200 de la loi électorale fixant les conditions de candidature, suscite l’inquiétude des partis politiques : lors des dernières élections législatives, c’est précisément ce motif qui avait justifié le rejet de nombreux dossiers de candidature. Les détracteurs du texte dénoncent une formulation jugée trop vague, ouvrant la porte à des interprétations divergentes et fragilisant, selon eux, le principe d’égalité des chances entre candidats. Les autorités publiques défendent au contraire ces mesures comme relevant d’une volonté d’assainir la vie politique et d’empêcher que l’argent sale n’influence le processus électoral, dans le but de renforcer l’intégrité de la compétition et de restaurer la confiance dans les institutions représentatives. Ce cadre légal pousse les partis à prévoir des candidats de réserve pour compenser d’éventuels rejets de dossiers. Le souvenir des scrutins précédents pèse également sur certains anciens candidats, dont les dossiers avaient été écartés ou qui n’avaient pas été élus, au point que plusieurs d’entre eux renoncent désormais à retenter l’expérience. Chez les militants n’ayant jamais été candidats, la crainte d’une exclusion motivée par de supposés liens avec l’argent sale dissuade également certaines vocations. D’autres, à l’inverse, insistent sur la nécessité de se présenter malgré tout. Réélu à la tête d’une commune de la capitale après deux mandats, l’élu du Front El Moustakbal, Abderrezak Khaled, explique qu’il se représente parce qu’il continue de penser qu’abandonner le terrain est plus facile que d’essayer de le transformer. Ayant mesuré de près la lenteur de certaines procédures et le chevauchement des responsabilités, il estime que la réforme des collectivités locales exige avant tout de la compétence et des personnes prêtes à s’investir durablement dans l’action publique, plutôt que d’attendre des résultats immédiats.
La course aux profils dans les rangs des partis
Plusieurs formations politiques ont lancé des appels, par la voix de leurs dirigeants et militants, à destination de tous ceux qui souhaiteraient se présenter aux conseils élus. Le phénomène ne se limite pas aux partis à faible implantation géographique : il touche même les plus grandes formations, à l’image du Front de libération nationale (FLN), dont plusieurs cadres locaux ont publié des appels à candidature sur les réseaux sociaux, y compris au niveau de circonscriptions locales. Le bureau exécutif du parti a par ailleurs invité, il y a quelques semaines, l’ensemble des militants à s’engager pleinement et sans délai dans la préparation du scrutin, tout en lançant un appel aux compétences nationales intègres pour se présenter sur ses listes, à l’échelle des wilayas comme des communes — une démarche visant à élargir le vivier de candidats au-delà des seuls militants historiques. De son côté, le Front pour la justice et le développement a annoncé, avant même la convocation du corps électoral, l’ouverture des candidatures aux élections locales, invitant les intéressés à remplir un formulaire en ligne prévu à cet effet. Ces préparatifs traduisent le passage des partis d’une phase d’organisation interne à une phase de recherche active de ressources humaines capables de porter la compétition électorale, en particulier pour les formations qui cherchent à étendre leur implantation locale et leur présence dans un nombre croissant d’assemblées élues.
Un nouveau découpage administratif qui change la donne
Le redécoupage administratif d’avril 2026 constitue un défi supplémentaire pour les partis : le nombre de wilayas est passé à 69 et celui des communes à 1541, tandis que le nombre de sièges dans les assemblées populaires de wilaya est passé de 2004 à 2855, soit une hausse de 851 sièges. Les anciennes circonscriptions administratives promues au rang de wilaya lors de cette réforme ont, quant à elles, bénéficié de 1748 sièges supplémentaires dans les assemblées communales. De manière générale, la nature du scrutin local place les partis face à un défi différent de celui des législatives : la compétition à l’échelle des communes et des wilayas exige une implantation organisationnelle et de terrain beaucoup plus large, ainsi qu’une capacité à constituer des listes couvrant le plus grand nombre possible de circonscriptions électorales.
Des listes soumises à des quotas précis
L’article 176 de la loi organique relative au régime électoral impose que les listes de candidats aux assemblées populaires de wilaya et communales comptent un nombre de candidats supérieur de sept au nombre de sièges à pourvoir dans les circonscriptions à nombre de sièges impair, et de six dans celles à nombre de sièges pair. Sous peine de rejet, ces listes doivent également comporter un tiers de candidates femmes, réserver au moins la moitié des candidatures à des personnes n’ayant pas dépassé quarante ans révolus le jour du scrutin, et faire en sorte qu’au moins un tiers des candidats de la liste ait un niveau universitaire. Le quota du tiers de femmes ne s’applique toutefois que dans les communes comptant plus de vingt mille habitants. Par Charef




























