10 ans de prison requis contre trois anciens présidents: Les détails du scandale de la FAF

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Après près de deux ans de détention provisoire pour l’un des principaux prévenus et six reports d’audience, le procès des anciens dirigeants de la Fédération algérienne de football a enfin eu lieu à Sidi M’hamed. Le parquet a requis de lourdes peines. La décision du tribunal est attendue.

C’est l’une des affaires judiciaires les plus suivies du football algérien. Après six reports, le procès de Kheireddine Zetchi et de plusieurs anciens responsables de la FAF s’est ouvert le mardi 13 octobre devant le pôle pénal économique et financier du tribunal de Sidi M’hamed, à Alger. Les audiences suivantes ont tourné autour de contrats, de factures et de primes, et de la responsabilité de ceux qui les ont signés ou laissés courir. Les reports successifs avaient nourri l’impatience des familles et des observateurs. L’audience prévue le 30 juin avait d’abord été renvoyée au 21 juillet, à la demande de la défense et en raison de la canicule, la salle n’étant pas climatisée. Elle avait ensuite été reportée au 4 août, puis au 25 août. Un autre renvoi avait été motivé par l’absence de notification officielle de six membres de l’ancien bureau fédéral résidant hors de la capitale.

Qui sont les prévenus ?

Au centre du dossier figurent trois anciens présidents de la fédération. Kheireddine Zetchi, Charaf-Eddine Amara et Djahid Zefizef se sont succédé à la tête de l’instance entre 2017 et 2023. Zetchi a dirigé la FAF de 2017 à 2021. Amara est aussi président-directeur général du groupe Madar. Autour d’eux comparaissent d’anciens cadres. Il s’agit notamment de deux anciens secrétaires généraux, Mohamed Saâd et Mounir Debbichi, ainsi que de l’ex-directeur de l’administration et des finances, Abdelghani Nekkache. D’anciens membres du bureau fédéral et des employés de l’instance sont également poursuivis. Le nombre exact de prévenus varie selon les sources et les étapes de la procédure. Les comptes rendus des premiers reports évoquaient quatorze prévenus. Ceux de l’audience du 15 octobre parlent de dix-neuf personnes poursuivies.

Aux origines de l’affaire

Selon le récit du parquet rapporté à l’audience, l’affaire est partie d’informations transmises aux services de sécurité sur des soupçons de corruption au sein de la FAF, puis a été étayée par plusieurs expertises. Le dossier a été ouvert en juillet 2024 et porte sur la gestion de la fédération entre 2017 et 2023. L’enquête a rapidement eu des conséquences pour les prévenus. Zetchi a été placé en détention provisoire le 27 novembre 2024, pour des faits présumés de mauvaise gestion et d’abus d’influence. Il est incarcéré à Koléa, et ses demandes de liberté provisoire, comme celles de ses coaccusés, ont été rejetées à plusieurs reprises. Lors du report de juillet, sa détention dépassait les dix-neuf mois. Amara et Zefizef sont aussi détenus : Amara comparaît alors qu’il est déjà détenu dans une autre affaire, tout comme Zefizef.

Les contrats au cœur du dossier

Le dossier vise une série de marchés. Il porte sur des contrats signés par Zetchi liés au CHAN 2023 et à la CAN U17, sur un contrat avec une agence de voyages tunisienne passé sans mise en concurrence, sur l’équipementier Adidas et sur la rénovation du Centre technique de Sidi Moussa. Le dossier évoque aussi des primes versées en devises et des factures d’hébergement gonflées. Les successeurs de Zetchi sont poursuivis pour une autre raison. Amara et Zefizef le sont pour n’avoir pas résilié ces accords ni signalé les irrégularités, alors que ceux-ci continuaient de produire leurs effets. Leur responsabilité tient donc à leur inaction supposée plus qu’à une signature initiale. Le contrat Adidas. Il a occupé une grande part des débats. Selon l’expertise judiciaire citée à l’audience, la fédération n’a perçu que 3,5 millions d’euros sur les 7,7 millions d’euros prévus au contrat. Zetchi a donné une lecture opposée. Il a décrit un accord prévoyant une rémunération annuelle de 1,029 million d’euros sur quatre ans, en contrepartie du logo, des droits à l’image des joueurs et d’opérations publicitaires. Il a dit que la fédération était fière de ce contrat, qu’il juge parmi les plus importants du continent à l’époque. Selon un compte rendu détaillé des audiences, le contrat a été signé à Paris, et rien ne l’interdit, la filiale française offrant un fort impact publicitaire, notamment auprès de la diaspora. Le même compte rendu indique que selon l’expertise, le contrat a été exécuté à 90 %, et que les royalties ont été versées en 2023. Zetchi s’est aussi interrogé sur les conclusions du rapport de l’Inspection générale des finances, rappelant que la fédération avait écrit à Adidas pour signaler que le contrat n’avait pas été exécuté. Les chiffres avancés par l’accusation et par la défense restent donc très éloignés. Le contrat Concorde Voyages. Il concerne l’organisation des stages de préparation. D’après les éléments rapportés, il aurait entraîné une perte de 29 millions de dinars pour la FAF. Interrogé sur l’absence d’appel d’offres, Zetchi a répondu que le choix était justifié parce qu’aucun service équivalent n’existait en Algérie. Autres dépenses examinées. Le tribunal a aussi passé en revue les dépenses engagées pendant la pandémie de Covid-19, la location d’un appartement et les versements à Amine Labdi, ancien manager de la sélection nationale. Sur ce dernier point, le contrat, signé par Charaf-Eddine Amara, prévoyait 750 000 DA par mois. Amara affirme que le recrutement relève des prérogatives statutaires du président de la FAF.

La ligne de défense : ‘’bénévoles’’ et procédures collectives

Les trois anciens présidents ont tenu un discours proche. Ils ont soutenu qu’ils étaient bénévoles, qu’ils ne géraient pas l’argent et qu’ils avaient respecté les statuts. Ils ont insisté sur la répartition des rôles au sein de la fédération. Le président s’occupe de la « gestion générale du football », et la gestion quotidienne des fonds passe par d’autres services. Zefizef a rappelé qu’il dirigeait déjà un groupe économique et n’a jamais touché un seul dinar de la FAF. Zetchi a défendu le fonctionnement administratif de l’instance. Il a assuré que les décisions financières ne dépendaient pas uniquement de lui. Un ancien responsable a rappelé à la barre que la fédération comptait 120 employés et qu’une procédure précède toute signature. Cet argument vise à diluer la responsabilité individuelle dans un circuit de validation collectif. À l’audience, Zetchi a aussi dit s’interroger sur les raisons de son incarcération. Il a affirmé, selon le compte rendu, être venu servir le football algérien et le pays.

Les batailles de procédure

Dès l’ouverture, les avocats ont tenté de fragiliser les bases du dossier. Les collectifs de la défense ont articulé leur stratégie autour de plusieurs exceptions de procédure. La première concerne la qualité de partie civile. La défense a contesté la constitution du ministère de la Jeunesse et des Sports comme partie civile, en faisant valoir que la FAF est une association qui ne recevrait pas de fonds de ce ministère. La juge a décidé de joindre ces objections au fond de l’affaire. Elle les tranchera donc avec le jugement et non en préalable. La seconde porte sur un conflit d’intérêts institutionnel. Les avocats ont souligné que l’actuel président de la fédération, Walid Sadi, cumule ses fonctions avec celles de ministre de la Jeunesse et des Sports. Cette configuration place, selon eux, la partie civile dans une situation ambiguë face aux accusés. Un détail a marqué l’audience : l’absence de la partie civile, représentée par l’actuelle FAF, a été constatée.

Un ancien président méconnaissable

Une scène a retenu l’attention dans la salle. Au début de l’audience, le changement physique de Charaf-Eddine Amara, qui a perdu beaucoup de poids, a particulièrement frappé. Elle rappelle le coût humain d’une procédure étalée sur près de deux ans pour les prévenus détenus. Des scènes émouvantes avaient déjà été rapportées lors d’un report en juin.

Le réquisitoire : dix ans ferme

Le tournant est venu le jeudi 15 octobre. Devant la deuxième chambre du pôle pénal économique et financier de Sidi M’hamed, le ministère public a réclamé les sanctions les plus sévères contre les 19 personnes poursuivies. Le procureur a demandé dix ans d’emprisonnement ferme et un million de dinars d’amende contre Zetchi, Zefizef et Amara. Cela représente trente ans cumulés pour les trois anciens présidents. La même peine a été demandée contre trois anciens responsables administratifs. Il s’agit des deux anciens secrétaires généraux, Mohamed S. et Mounir D., et de l’ex-directeur de l’administration, Abdelghani N. Le volet financier a pesé dans le réquisitoire. L’agent judiciaire du Trésor public a chiffré le préjudice à 90 milliards de centimes, soit 900 millions de dinars. Cette évaluation s’appuie sur les expertises du dossier. La défense en conteste le fondement, notamment sur le contrat Adidas.

Ce que les réquisitions ne disent pas

Les réquisitions ne sont pas un jugement. Comme le rappellent les comptes rendus, les demandes du parquet ne constituent pas un verdict, et toutes les personnes jugées demeurent présumées innocentes. Le tribunal peut suivre le parquet, alléger les peines, requalifier certains faits, ou relaxer tout ou partie des prévenus. Plusieurs points seront déterminants. Le premier est la qualification pénale des contrats : irrégularités de gestion et de procédure, ou infractions caractérisées de corruption ou d’abus de fonction. Le deuxième est la responsabilité de chaque prévenu, notamment celle des deux successeurs de Zetchi, poursuivis pour ne pas avoir mis fin à des accords hérités. Le troisième est la valeur des expertises, dont les conclusions sont contestées sur Adidas. Le quatrième est le sort des exceptions soulevées sur la partie civile, que la juge a jointes au fond.

Un football algérien sous tension

Au-delà des personnes, l’affaire interroge la gouvernance du football algérien et la frontière entre fédération et pouvoirs publics. Elle pose aussi la question de la responsabilité de dirigeants qui se disent bénévoles mais engagent des contrats de plusieurs millions d’euros, et celle de la durée de la détention provisoire dans les dossiers économiques. Elle intervient dans un contexte où Zetchi est détenu depuis novembre 2024, ce qui alimente le débat sur le temps de la justice. Selon l’agrégation des comptes rendus consultés, il s’agit de l’un des dossiers judiciaires les plus importants ayant concerné la FAF ces dernières années.

Par Charef Slamani

 

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