Mémoire et dignité : Alger face à Paris

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L’Algérie n’entend plus se taire sur l’un des contentieux les plus lourds de son histoire avec la France : les essais nucléaires dans le Sahara. Entre 1960 et 1966, Reggane, In Ekker et d’autres régions du sud algérien ont été les terrains d’expérimentation de 17 essais nucléaires français, dont une partie après l’indépendance en vertu des clauses secrètes des accords d’Évian. Ce passé toxique, au sens propre comme au figuré, continue de hanter les relations bilatérales.

L’adoption récente, par le Sénat algérien, d’une loi exigeant de la France qu’elle assume la décontamination de ces sites radioactifs marque une étape symbolique et politique. Ce n’est pas la première fois que l’Algérie formule cette demande : le président Tebboune a maintes fois interpellé Paris, clamant haut et fort que cette responsabilité ne saurait être évitée. « Vous êtes devenus une puissance nucléaire, et nous, nous avons eu les maladies », a-t-il rappelé avec force. Alger ne réclame pas d’argent, mais des actions concrètes pour préserver la santé des populations et rendre leur dignité aux victimes de ce lourd héritage.

Ce dossier, pourtant essentiel, a longtemps été relégué dans l’ombre. Les groupes de travail algéro-français, mis en place à différentes périodes, notamment sous les présidences Bouteflika et Hollande, n’ont jamais abouti à des avancées concrètes. Pire, les débats se sont enlisés dans le silence, plombés par des relations bilatérales souvent tumultueuses. Les essais chimiques à Oued Namous, par exemple, ont été passés sous silence pendant des décennies. Des générations entières souffrent encore des conséquences sanitaires et environnementales de ces pratiques, tandis que les débris contaminés restent à ciel ouvert, menaçant aussi bien les populations que l’écosystème.

Au-delà des querelles diplomatiques, le temps presse. Les déchets radioactifs et chimiques ne sont pas seulement un enjeu mémoriel : c’est une question de santé publique, d’environnement et de justice historique. L’Algérie a raison de faire de cette demande un sujet prioritaire. Ce n’est pas une négociation, mais une exigence morale et juridique. La France doit assumer les conséquences de ses actions, non par charité ou par calcul diplomatique, mais par devoir. L’histoire ne peut être effacée, mais elle peut être réparée. Pour cela, des actes concrets sont attendus. Pas des commissions ni des rapports enterrés, mais un plan sérieux, urgent et financé pour nettoyer ces sites.

Le nettoyage des terres du Sud est une question de dignité. Ce dossier ne doit pas être un point d’achoppement dans les relations entre Alger et Paris, mais une opportunité de réconcilier mémoire et responsabilité. C’est à la France de faire ce pas. À défaut, l’Algérie continuera à marteler ce droit fondamental sur la scène internationale, car, pour reprendre les mots du président Tebboune, « nous n’abandonnerons jamais la mémoire de nos ancêtres et de nos citoyens ». Riad 

 

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