Algérie-France : Macron contre son camp

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En dépit des rodomontades de son Premier ministre François Bayrou et des outrances calculées de Bruno Retailleau, Emmanuel Macron a choisi de désamorcer la bombe diplomatique franco-algérienne.

Son refus de dénoncer unilatéralement les accords migratoires de 1968, lors d’une déclaration au Portugal jeudi, sonne comme un désaveu cinglant pour son gouvernement. Une volte-face qui révèle moins un revirement idéologique qu’un calcul froid : face à une Algérie stratégique sur les plans énergétique et sécuritaire, la France ne peut se permettre une rupture. Mais à quel prix pour la cohésion de l’exécutif ?

La menace d’un ultimatum de six semaines brandie par Bayrou n’était pas une simple gesticulation. Elle s’inscrit dans une logique électoraliste assumée : flatter les franges les plus conservatrices de l’électorat en cristallisant le débat sur l’immigration algérienne, tout en détournant l’attention des échecs domestiques. Un classique de la politique française depuis les années 1980. Mais Macron, lui, joue une autre partition. En rappelant que « l’on ne se parle pas par voie de presse », le président enterre la méthode Sarkozy – celle des coups de menton médiatiques – pour renouer avec la tradition mitterrandienne du dialogue feutré. Un choix risqué, alors que l’extrême droite guette chaque signe de « faiblesse ».

Les accords de 1968, qui facilitent la circulation des Algériens en France, incarnent une dépendance réciproque.  Rompre cet équilibre, c’est risquer de pousser l’Algérie vers la Russie ou la Chine, déjà omniprésentes dans le Sahel. Macron l’a compris .

En évoquant un possible « réexamen » de la position française sur le Sahara occidental, Macron lance une pierre dans le jardin marocain.  Un alignement dicté par les intérêts du groupe Total (gaz offshore) et des réseaux d’influence franco-marocains. Mais un réalignement sur le droit à l’autodétermination, s’il advient, serait un cadeau géopolitique à l’Algérie et un camouflet pour Mohammed VI.

Macron sacrifie la rhétorique anti-immigration sur la table des intérêts énergétiques, et l’Algérie, en position de force, teste la résilience d’une France minée par ses divisions internes.

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