L’éthique des médias à l’épreuve des réseaux sociaux

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L’essor des médias sociaux a bouleversé l’écosystème médiatique, sapant les fondements mêmes du journalisme traditionnel. Alors que des plateformes comme Facebook, TikTok, X ou Instagram redéfinissent l’accès à l’information, les médias audiovisuels et écrits se retrouvent pris en étau entre des normes éthiques intangibles et les attentes d’un public avide de contenus bruts, immédiats et sans filtre. Un dilemme qui menace non seulement leur crédibilité, mais aussi leur raison d’être.

« Avant, nous étions les gardiens », rappelle un ancien directeur de la chaine ‘’Al Arabiya’’. Une époque révolue où les rédactions décidaient, avec rigueur, ce qui méritait d’être montré ou non. Aujourd’hui, les images les plus violentes, les récits les plus crus, circulent sans contexte ni avertissement. Résultat : le public accuse les médias traditionnels de lui « cacher des vérités » accessibles en un clic. Cette défiance, alimentée par une comparaison incessante entre le traitement journalistique et le flux viral des réseaux, crée une fracture profonde. Le risque ? Voir les rédactions céder à la pression en abaissant leurs standards, au prix de leur déontologie.

La guerre, les crises humanitaires, les drames sociaux : autrefois, ces sujets exigeaient un équilibre délicat entre devoir d’informer et respect des victimes. Désormais, les réseaux sociaux imposent une logique de surenchère : plus c’est choquant, plus ça se partage. Face à cela, les médias traditionnels sont tiraillés. S’ils refusent de montrer certaines images, on les soupçonne de complaisance. S’ils les diffusent, ils trahissent leurs principes. Cette ambivalence nourrit un paradoxe toxique : en voulant concurrencer les réseaux, les médias risquent de perdre ce qui les distingue — leur intégrité.

Face à ce tsunami numérique, Frank Keane, vétéran de la presse britannique, plaide pour un retour aux fondamentaux. Il évoque les années 1980, où « une équipe rigoureuse vérifiait chaque information avant publication ». Un processus méthodique, aujourd’hui menacé par le journalisme citoyen et l’urgence de l’instantané. Si ce dernier élargit les sources, il diffuse aussi des distorsions massives. « Je ferais toujours davantage confiance aux médias traditionnels qu’aux réseaux sociaux », insiste Keane. Un credo qui rappelle une évidence : la vérification, le recoupement, l’analyse contextuelle reste les remparts contre la désinformation.

Les médias sociaux ne sont pas qu’un outil : ils sont un miroir grossissant des tensions entre éthique et consommation compulsive d’information. Les rédactions doivent-elles pour autant capituler ? Certainement pas. Leur responsabilité est au contraire de réaffirmer leur rôle : non pas montrer « tout », mais expliquer « pourquoi ». Retrouver la confiance du public passera par une transparence accrue sur leurs choix éditoriaux, un dialogue renoué avec les audiences, et une pédagogie constante face à la désinformation. Riad

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