Tebboune-Macron : un dialogue relancé

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L’échange téléphonique entre les présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron, à l’occasion de l’Aïd, marque une trêve dans les relations tumultueuses entre Paris et Alger. Si le communiqué commun célèbre une « relance ambitieuse », cette détente calculée suscite autant d’espoirs que d’interrogations sur les véritables moteurs de ce rapprochement. Les deux présidents ont acté un « programme de travail » pluridisciplinaire couvrant les domaines de la mémoire, l’économie, l’immigration et la justice, avec des visites ministérielles dès le 6 avril. Cette feuille de route s’inscrit dans le prolongement de la Déclaration d’Alger de 2022, un texte fondateur dont la mise en œuvre reste encore floue. La relance de la coopération sécuritaire et migratoire, qualifiée de « prioritaire », répond à des enjeux communs mais avec des intérêts distincts : Paris cherche à limiter les flux migratoires et à sécuriser ses approvisionnements énergétiques, tandis qu’Alger mise sur un dialogue renforcé pour obtenir une reconnaissance mémorielle et défendre ses intérêts économiques. Le dossier mémoriel, pierre angulaire des tensions franco-algériennes, reste au centre des discussions. Alger souhaite honorer les chouhada (martyrs de la guerre d’indépendance) et réclame une reconnaissance officielle des crimes commis pendant la colonisation. La reprise des travaux de la commission mixte des historiens, annoncée depuis 2022, envoie un signal fort. Mais cette démarche est-elle un véritable pas vers l’apaisement ou un outil diplomatique ? Dans ce cadre, la France a réaffirmé sa « responsabilité » dans la mort de figures historiques algériennes. Un geste significatif, mais encore loin de la repentance demandée par Alger depuis des décennies. Après plusieurs mois de tensions, les présidents Macron et Tebboune ont réaffirmé leur volonté d’approfondir leur coopération, avec une mise en œuvre concrète dès le  6 avril, date à laquelle Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, se rendra à Alger à l’invitation de son homologue Ahmed Attaf. Le communiqué conjoint insiste sur la nécessité d’une collaboration judiciaire renforcée, avec la visite prochaine du ministre français de la Justice, Gérald Darmanin. Par ailleurs, Emmanuel Macron a exprimé son soutien à la révision de l’Accord d’association entre l’Union européenne et l’Algérie et a plaidé pour un geste de clémence en faveur de l’écrivain Boualem Sansal, en raison de son âge et de son état de santé. Sur le plan migratoire, Paris et Alger ont acté la reprise des contacts entre les consulats algériens et les préfectures françaises. Une réunion entre les 18 consuls algériens en France et les 18 préfets  est déjà prévue dans les prochaines semaines. Enfin, les deux présidents ont convenu du principe d’une rencontre prochaine, confirmant ainsi leur volonté de donner un nouvel élan à une relation souvent marquée par des tensions.  Riad

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