En pleine tempête au Proche-Orient, alors que le bilan de la guerre israélienne à Gaza dépasse les 33 000 morts – majoritairement des civils et des enfants –, le Maroc a choisi de dérouler le tapis rouge à des officiers de Tsahal. Ces derniers participent aux exercices militaires conjoints “African Lion”, organisés sous l’égide des États-Unis dans plusieurs régions du royaume, dont Agadir et Tan-Tan. Un choix qui, loin d’être anodin, ravive les tensions entre les impératifs stratégiques de Rabat et les aspirations d’un peuple marocain farouchement attaché à la cause palestinienne.
Depuis la normalisation des relations avec Israël en décembre 2020, scellée par les accords d’Abraham, le Maroc a accéléré sa coopération avec Tel-Aviv. Défense, cybersécurité, technologie : les partenariats se multiplient, portés par une realpolitik qui voit dans cette alliance un levier pour renforcer la position géopolitique du royaume. Les manœuvres “African Lion”, qualifiées de “rendez-vous stratégique” par Washington, s’inscrivent dans cette logique. Elles réunissent des armées africaines et occidentales pour, officiellement, coordonner leurs efforts face aux défis sécuritaires. Mais la présence d’officiers israéliens, dans un contexte où Gaza s’embrase, confère à l’événement une charge politique explosive.
Car sur le terrain, l’indignation gronde. La société civile marocaine, soutenue par des partis politiques et des syndicats, n’a jamais digéré cette normalisation, perçue comme une trahison de la solidarité historique avec les Palestiniens. Sur X, l’activiste franco-palestinienne Rima Hassan a résumé le sentiment dominant : “Le peuple marocain ne veut pas de la normalisation avec Israël.” Son message, repris massivement, fait écho à une colère palpable, alors que les images des massacres à Gaza – qualifiés de “génocide” par plusieurs ONG – continuent de choquer les consciences.
Ce contraste entre les choix des élites et les aspirations populaires met le Maroc face à un dilemme. D’un côté, Rabat cherche à consolider ses alliances avec les États-Unis et à bénéficier des technologies israéliennes, notamment dans le domaine militaire. De l’autre, elle s’expose à une fracture interne, dans un pays où la cause palestinienne reste un marqueur identitaire fort. Les exercices “African Lion” deviennent ainsi le symbole d’une équation impossible : comment concilier des intérêts stratégiques avec une opinion publique qui, elle, refuse de fermer les yeux sur l’injustice ?
En accueillant des officiers israéliens en fanfare, le Maroc joue un jeu dangereux. Si cette coopération peut renforcer sa stature sur la scène internationale, elle risque aussi d’alimenter un mécontentement populaire déjà latent, dans un contexte régional où la rue arabe bouillonne. À l’heure où le sang coule à Gaza, chaque pas vers Tel-Aviv est scruté, jugé, et potentiellement sanctionné par l’histoire. Rabat saura-t-il trouver l’équilibre, ou ce partenariat finira-t-il par lui coûter plus cher qu’il ne lui rapporte ? Riad






























