Viols de guerre : le témoignage qui dérange !

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Mohamed Garne incarne une mémoire vive, celle des blessures invisibles de la guerre d’Algérie. Né le 19 avril 1960 à El Attaf, en plein conflit, il est le fruit d’un viol collectif commis par des militaires français sur sa mère, Kheïra Garne, alors âgée de 15 ans. Torturée dans le camp de regroupement de Theniet El Had, Kheïra n’a jamais pu parler de ce traumatisme. Séparé de sa mère dès la naissance, Mohamed a grandi dans un calvaire : orphelinat, maltraitance, anorexie, fracture du crâne, adoption avortée. Ce n’est qu’en 1988 qu’il retrouve sa mère, brisée, vivant recluse dans un cimetière d’Alger. En 1994, devant la Cour suprême d’Alger, la vérité éclate : « Monsieur le juge, ils m’ont violée », avoue Kheïra, révélant à Mohamed qu’il est un « Français par le crime ».

Dès lors, Mohamed Garne engage un combat judiciaire inédit contre l’État français. Malgré les lois d’amnistie des Accords d’Évian, il obtient en 2001 une victoire historique : la cour régionale des pensions de Paris le reconnaît comme « victime de guerre », une première pour un enfant né d’un viol de guerre. Une pension d’invalidité de 30 % lui est accordée pour « troubles psychiques » liés aux violences subies par sa mère durant sa grossesse. Cette reconnaissance, bien que symbolique, brise un tabou : celui des enfants nés de viols pendant la guerre d’Algérie, estimés entre 3 000 et 4 000. Ces « enfants du placard », rejetés par la société, portent le poids d’une honte qui ne leur appartient pas.

Ce témoignage, qui refait surface aujourd’hui à travers des discussions sur X, met en lumière les cicatrices béantes d’un conflit dont les répercussions traversent les générations. Il interroge la responsabilité des États face aux crimes de guerre. Les Accords d’Évian, en imposant une amnistie mutuelle, ont condamné des victimes comme Kheïra au silence, privant leurs enfants de justice. La reconnaissance de Mohamed Garne par la justice française, bien que pionnière, reste limitée : en se focalisant sur ses « souffrances fœtales », elle esquive une condamnation claire des viols comme crimes de guerre. Pourtant, les témoignages d’anciens soldats et des rapports comme celui de Michel Rocard en 1959 sur les camps de regroupement confirment l’ampleur des exactions : viols, tortures et maltraitances étaient monnaie courante.

Le combat de Mohamed Garne est un appel à la mémoire collective. Il force la France et l’Algérie à regarder leur passé en face, à reconnaître ces enfants oubliés, nés dans la violence et murés dans le silence. Dans une région où les tensions historiques restent vives – comme on l’a vu récemment avec les différends entre l’Algérie et ses voisins au Sahel – cette histoire rappelle que la paix ne peut se construire sans justice. Combien de temps encore ignorerons-nous les blessures de ces enfants de la guerre ?   Riad

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