L’Afrique se tient à un carrefour décisif. Avec une dette publique estimée à 1 860 milliards d’euros en 2024, le continent ploie sous un fardeau qui menace sa souveraineté économique. La récente Conférence de l’Union africaine sur la dette, tenue à Lomé du 12 au 14 mai, a sonné l’alarme : 22 nations africaines sont en surendettement, selon le FMI, et le rapport dette/PIB a grimpé à 66,7 %. Face à cette crise, l’Afrique refuse de se résigner et trace les contours d’une riposte ambitieuse.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2024, les États africains ont dépensé 90 milliards de dollars pour le service de la dette, soit presque le double de l’aide étrangère et davantage que les budgets combinés de la santé et de l’éducation dans de nombreux pays. Pendant ce temps, le déficit d’infrastructures, estimé entre 130 et 170 milliards de dollars par an, reste un mirage faute de financements à long terme. Cette équation intenable est aggravée par une opacité budgétaire : moins de 40 % des pays publient des rapports détaillés sur leur dette, ce qui alimente les primes de risque imposées par des agences de notation internationales souvent biaisées.
Mais Lomé a marqué un tournant. L’Union africaine propose des solutions audacieuses, à commencer par la création d’une Agence panafricaine de notation de crédit. Une telle initiative pourrait rétablir une évaluation plus juste des économies africaines, trop souvent pénalisées par des standards extérieurs. Parallèlement, la demande d’une réallocation équitable des Droits de Tirage Spéciaux, dont 85 % profitent aux pays du G20, résonne comme un appel à plus de justice financière globale. Sur X, des internautes doutent : « Une agence africaine, oui, mais qui la financera ? » s’interrogent des utilisateurs.
À court terme, les États s’engagent à renforcer leurs pratiques internes : lutte contre les flux financiers illicites, gestion budgétaire rigoureuse et mobilisation des ressources locales. À plus long terme, le projet d’un Institut monétaire africain, en gestation depuis 20 ans, refait surface comme un espoir de souveraineté financière. L’objectif est clair : financer les investissements sans dépendre des marchés extérieurs, qui imposent des conditions souvent écrasantes.
Ce virage stratégique est semé d’embûches, car derrière les chiffres, ce sont des vies qui sont en jeu : des écoles non construites, des hôpitaux sous-équipés, des générations sacrifiées. La valeur actuelle de la dette extérieure du Mali s’élève à 4 084 725 522 USD , tandis que l’Egypte, le Maroc et la Tunisie ont tous trois une dette cumulée de 176,48 milliards de dollars. L’Afrique, riche de ses ressources et de son potentiel, mérite mieux qu’un avenir hypothéqué. Riad






























