L’enfer des prisons françaises

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Un rapport parlementaire rendu public jeudi 10 juillet dresse un tableau alarmant de la santé mentale en milieu carcéral français, révélant une explosion des troubles psychiatriques et des suicides. Avec un détenu se suicidant tous les deux jours et demi et une prévalence trois fois supérieure à celle de l’extérieur – touchant deux tiers des hommes et trois quarts des femmes à la sortie – la situation dépasse l’urgence. Ce constat, exacerbé par une surpopulation de 81 000 détenus au 1er avril 2025 et un sous-effectif chronique des unités psychiatriques, appelle à une réforme profonde, loin des réponses répressives actuelles.

La détention aggrave une crise préexistante : beaucoup entrent en prison avec des troubles non pris en charge, faute d’un système de santé publique en faillite. Avec moins de 400 lits psychiatriques en milieu carcéral en 2022 et un secteur hospitalier réduit à 53 000 lits en 2021 – trois fois moins qu’il y a cinquante ans – les prisons deviennent un ultime recours pour des soins inexistants. À Marseille, Catherine Forzi, secrétaire locale Force ouvrière aux Baumettes, alerte : « Certains détenus n’ont rien à faire là ; ils devraient être soignés, pas incarcérés. » Cette dérive, où la prison sert de sas psychiatrique par défaut, illustre un échec systémique.

Le rapport, porté par les députées Élise Leboucher (LFI) et Josiane Corneloup (LR), dénonce un enchaînement de dysfonctionnements : une Aide sociale à l’enfance saturée, des expertises judiciaires retardées par un manque de psychiatres, et une fracture entre cultures sanitaire et pénitentiaire. Parmi ses 100 propositions sur 244 pages, il plaide pour une coordination interministérielle, une idée louable mais incertaine face à une tendance politique marquée par la pénalisation plutôt que la prévention.

Ce rapport est un cri d’alarme et une volonté politique de briser cet enchaînement tragique, les suicides et les souffrances persisteront. Ces prisons sont un miroir de l’échec français. Investir massivement – en lits, praticiens, et prévention – et repenser la détention comme un lieu de soin sont impératifs. Sans cela, cet enfer continuera de broyer des vies, transformant des cellules en tombeaux silencieux. Le temps n’est plus aux rapports : il est à l’action, sous peine de laisser une génération de détenus sombrer dans l’oubli. Riad

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