Alors que l’été atteint son pic, le Maroc fait face à une désaffection inédite de ses Marocains résidant à l’étranger (MRE), pilier traditionnel de l’économie touristique.
Les rues des grandes villes, habituellement animées par les voitures immatriculées à l’étranger, restent étonnamment calmes, suscitant l’inquiétude des observateurs, des professionnels du tourisme et de la société civile. Les prix exorbitants des billets d’avion et de bateau, conjugués à des frais de logement et de location de voitures prohibitifs, poussent les MRE à tourner le dos à leur pays d’origine, optant pour des destinations comme l’Espagne, le Portugal ou la Turquie.
« Pour quatre billets aller-retour depuis Paris, on m’a demandé plus de 2 500 euros pour ma famille », déplore Abdallah, un MRE de la région parisienne, ajoutant que les coûts supplémentaires pour une voiture et un appartement rendent le séjour « un luxe inaccessible ». Kahina, installée en Allemagne, confirme ce choix alternatif : « On a préféré le sud de l’Espagne, c’est moins cher et le service est meilleur ». Hassan, un autre MRE en France, renchérit : « Pour le même budget, on a opté pour l’Espagne, avec une qualité de service supérieure et sans l’impression constante d’être arnaqué, malgré le manque de la famille ».
La Fédération marocaine des droits du consommateur tire un constat alarmant : cette année, de nombreux MRE ont renoncé à leurs vacances au Maroc, déçus par une « inflation cachée » – réduction des quantités ou altération des produits – et une absence de contrôle. Les billets d’avion et de bateau restent prohibitifs, tandis que les locations d’appartements et de voitures flambent, offrant un service médiocre. Sur les réseaux sociaux, les témoignages affluent : « On préfère la Turquie, plus sûr et abordable », ou « Le Maroc nous vole chaque été ». Cette désertion menace une source vitale de devises, les MRE représentant traditionnellement l’un des premiers contributeurs économiques.
Cette crise dépasse le secteur touristique. La disparition des instances de contrôle du marché, autrefois rattachées au ministère du Commerce, a laissé place à une fraude devenue norme, amplifiant le sentiment d’abandon. Les destinations concurrentes, avec leurs infrastructures familiales et leur sécurité, attirent désormais les MRE, exposant le Maroc à une perte de confiance durable. Sans une régulation stricte et une baisse des tarifs, ce pays risque de voir ses vacanciers traditionnels s’éloigner définitivement, un défi économique et identitaire majeur à relever d’urgence. Riad






























