Algérie-France : le contentieux nucléaire

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Alors que la 79e session de la Conférence générale de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) s’est tenue à Vienne en septembre 2025, l’Algérie a une fois de plus interpellé la communauté internationale sur les conséquences des essais nucléaires français menés dans le Sahara entre 1960 et 1966.

Cet appel, porté par Alger avec une détermination renouvelée, soulève des questions fondamentales sur la responsabilité historique, la justice environnementale et les droits des victimes, soixante-cinq ans après la première explosion atomique française en Algérie.

Les 17 essais nucléaires conduits par la France dans le désert algérien, dont 11 après les accords d’Évian de 1962, ont laissé un héritage empoisonné qui continue d’affecter les populations et les écosystèmes sahariens. Les témoignages recueillis auprès des habitants décrivent des paysages marqués par la contamination radioactive, avec des déchets enfouis dont la localisation précise reste souvent inconnue des autorités algériennes. Les conséquences sanitaires sont tout aussi alarmantes : taux élevés de cancers, de maladies respiratoires chroniques, de malformations congénitales et de stérilité se transmettent de génération en génération, formant une tragique chaîne de souffrance.

La demande algérienne de déclassification intégrale des archives françaises relatives aux essais nucléaires ne relève pas d’une simple formalité administrative. Il s’agit d’une condition préalable essentielle à toute action de décontamination effective et à toute justice pour les victimes. Comme le note un rapport de l’ICAN, la France n’a à ce jour fourni que des cartes partielles des sites d’enfouissement des déchets radioactifs, entravant ainsi les efforts de réhabilitation. Cette opacité persistante perpétue un cycle de méfiance et de ressentiment, alimenté par le sentiment que la France cherche à échapper à ses responsabilités historiques et morales.

La récente initiative algérienne de porter ce dossier devant l’AIEA s’inscrit dans une stratégie plus large d’internationalisation du débat. En sollicitant l’arbitrage et le soutien d’instances multilatérales, Alger cherche à contraindre Paris à endosser pleinement ses responsabilités. Les appels répétés d’organisations internationales et de rapporteurs spéciaux de l’ONU pour une coopération franco-algérienne renforcée témoignent de la légitimité croissante de ces revendications.

Au-delà des considérations diplomatiques et techniques, la question des essais nucléaires français en Algérie relève fondamentalement de l’éthique et du droit des peuples à vivre dans un environnement sain.

Soixante-cinq ans après Gerboise Bleue, il est temps que la France assume pleinement les conséquences de ses actes : déclassification totale des archives, décontamination effective des sites, indemnisation équitable des victimes et ratification du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Riad

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