Les coups d’État militaires en Afrique, ces ruptures brutales de l’ordre établi, ne peuvent être une solution durable aux maux africains. Ils ne font que souligner l’échec des mécanismes institutionnels à garantir des transitions pacifiques et démocratiques. Pourtant, face à des systèmes démocratiques biaisés et des organismes régionaux impuissants, de nombreux africains continuent de voir ces interventions militaires comme le moindre mal.
Dans un contexte de mauvaise gouvernance endémique, de corruption généralisée et d’un mépris flagrant des normes démocratiques, ces coups d’Etat apparaissent parfois comme des éclairs d’espoir pour des populations désabusées, mais la réalité est souvent plus nuancée. L’éviction récente d’Ali Bongo au Gabon, après un règne dynastique de plus de 50 ans assuré par sa famille, illustre ce paradoxe. Si le coup d’État au Mali a été accueilli avec un soulagement palpable par une partie de la population, il s’est transformé en quelques mois en une vraie machine de dictature et un territoire de mercenaires qui volent les richesses du pays et menace la souveraineté du Mali.
L’histoire récente regorge de figures emblématiques : Robert Mugabe, qui a régné 37 ans sur le Zimbabwe, ou encore Yoweri Museveni, toujours à la tête de l’Ouganda après 36 ans. En manipulant constitutions et lois pour prolonger leurs mandats, ces leaders ont souvent conduit leurs pays à l’immobilisme politique et à l’appauvrissement économique. Les « coups d’État constitutionnels », où des amendements opportunistes prolongent les mandats présidentiels, sapent tout autant la voix populaire. Ce détournement des institutions démocratiques perpétue des régimes autoritaires sous une façade de légalité, aliénant davantage des citoyens déjà épuisés par des décennies de promesses non tenues.
Les coups d’État sont souvent perçus comme des moments de libération, mais l’espoir qu’ils suscitent est généralement de courte durée. Les militaires qui renversent des autocrates promettent des réformes, mais finissent souvent par reproduire les mêmes schémas de corruption et de répression. Les racines des coups d’État en Afrique plongent dans l’héritage colonial. Ce cercle vicieux de gouvernance régressive, combiné à l’inaction des institutions, laisse les citoyens africains sans recours face à leurs dirigeants.
Il est urgent de repenser les institutions africaines pour qu’elles puissent répondre aux aspirations des populations. Une véritable démocratisation, portée par des leaders légitimes et une société civile dynamique, pourrait offrir une alternative aux cycles de coups d’État et de désillusions. En attendant, l’Afrique oscille entre espoir et désespoir, entre la promesse de lendemains meilleurs et la crainte de retomber dans les mêmes travers. Le choix entre bénédiction et malédiction reste entre les mains de ceux qui osent rêver d’un changement véritable.
Par Riad





























