Algérie-France : le retour timide du dialogue

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À peine installé place Beauvau, Laurent Nuñez s’empresse d’annoncer sa volonté de « renouer le dialogue » avec Alger. Une phrase polie, diplomatique, presque convenue, mais qui résonne dans un contexte empoisonné par des années de malentendus, de mépris feutré et de rapports de force déséquilibrés.

La France redécouvre, à chaque crise, qu’elle ne peut rien construire en Méditerranée sans l’Algérie. Mais elle tarde toujours à l’admettre. Depuis plus d’un an, Paris et Alger se  dévisagent  avec méfiance et hostilité. L’affaire des visas, les propos blessants d’Emmanuel Macron sur la nation algérienne, les manœuvres d’ingérence culturelle et mémorielle… tout cela a sapé la confiance patiemment reconstruite. Et voilà que le nouveau ministre de l’Intérieur, lui-même fils d’Oran, tente de recoller les morceaux. L’intention est louable, mais l’Algérie n’est plus celle des années 2000 : elle parle désormais d’égal à égal, et ne tend plus la main à celui qui la considère encore comme un simple “partenaire utile”.

Car c’est bien là le nœud du problème. Paris veut le dialogue, mais sans remise en question. Elle parle de coopération sécuritaire tout en accueillant des opposants algériens instrumentalisés. Elle prêche la mémoire partagée tout en gardant les archives et en distribuant les leçons de démocratie. Le double discours français ne trompe plus personne.

Pour renouer sincèrement, il faudra autre chose que des mots. Il faudra du respect. Il faudra surtout reconnaître que l’Algérie est une puissance régionale incontournable, que sa stabilité n’est pas négociable et que son peuple n’a plus de comptes à rendre à personne.

Dans ce contexte, la démarche de Laurent Nuñez pourrait être un tournant… ou un simple feu de paille. Tout dépendra de la sincérité du geste et de la volonté de dépasser les postures. Pour renouer le fil, il faudra du courage politique et une vision à long terme, loin des calculs électoraux.

Peut-être est-ce là la mission implicite confiée à ce fils d’Oran : rétablir une parole de confiance, redonner au dialogue franco-algérien une chance de redevenir un lien, et non un champ de bataille diplomatique.

Le temps des postures est fini. L’Algérie ne réclame ni excuses ni faveurs : elle exige simplement une relation claire, digne et équilibrée. Si Nuñez veut vraiment ouvrir un nouveau chapitre, qu’il le fasse sans calcul, sans arrière-pensée, et surtout sans arrogance.

                                         Riad

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