CONTRÔLE ET BROUILLAGE DE DRONES : L’université entre dans l’ère de la guerre électronique

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L’université introduit progressivement dans ses cursus des formations liées à la sécurité technologique et à la défense. Le lancement d’un master en « contrôle et brouillage des drones » à l’université des Sciences et de la Technologie Houari Boumediene (USTHB) illustre ce glissement.

Le programme, élaboré avec l’École nationale supérieure des Systèmes autonomes, vise à former des ingénieurs capables de concevoir, détecter et neutraliser des drones à l’aide de l’intelligence artificielle et de l’électronique de défense. Le communiqué du ministère de l’Enseignement supérieur reste technique dans sa formulation, en évoquant la maîtrise de la technologie des drones et la conception de systèmes intelligents de surveillance et d’analyse. Pourtant, le choix des mots « électronique de défense », « contrôle », « brouillage » place clairement cette formation dans le champ de la sécurité nationale. Le ministère ne parle pas de formation à caractère de défense ou de sécurité, mais les applications envisagées relèvent de technologies dites à usage dual, employées aussi bien pour des besoins civils que pour la défense. Ce constat est d’ailleurs étayé par les images diffusées à l’occasion du lancement de ce cursus par le ministre de l’Enseignement supérieur, Kamel Baddari, qui offrent un aperçu concret de la philosophie du programme. On y voit plusieurs diapositives consacrées au coût des guerres aux 20e et 21e siècles, jusqu’à l’ère des drones. L’une d’elles, intitulée « De la Blitzkrieg (guerre éclair, ndlr) à la guerre par drones », établit un parallèle entre l’évolution des stratégies militaires et les avancées technologiques. Ces éléments laissent entrevoir, au moins en partie, la finalité du master : comprendre la technologie des drones non seulement sous l’angle de la conception technique, mais aussi dans ses implications stratégiques et sécuritaires. Cette orientation n’est pas isolée, car elle s’inscrit dans un mouvement plus large de réorganisation du système universitaire autour des technologies critiques. Depuis 2023, les établissements d’enseignement supérieur multiplient les programmes liés à la sécurité, à l’intelligence artificielle et aux systèmes autonomes. Le pôle scientifique et technologique de Sidi Abdellah en est l’expression la plus visible. Ce complexe regroupe plusieurs écoles spécialisées dans l’intelligence artificielle, les mathématiques appliquées, les systèmes autonomes et les nanotechnologies. Ensemble, ces structures participent à la mise en place d’un écosystème national de formation et de recherche à vocation stratégique. Dans cette continuité, d’autres universités adoptent la même orientation. L’université M’Hamed Bougara de Boumerdès propose depuis 2024 un master en « Cryptographie et Cyber Sécurité », centré sur la protection des infrastructures informatiques et des communications sensibles. Le ministère a également annoncé la création d’une École nationale supérieure de Cybersécurité, intégrée à Sidi Abdellah. Ces structures traduisent une volonté de développer une expertise nationale dans des domaines jugés essentiels à la souveraineté numérique.

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