Le Mali traverse aujourd’hui une crise sécuritaire et politique d’une gravité inédite, qui inquiète de plus en plus la communauté internationale. Ce qui semblait il y a quelques mois encore un scénario improbable la possibilité que des groupes terroristes accèdent au pouvoir est désormais envisagé avec sérieux.
La décision unilatérale de la junte au pouvoir à Bamako d’annuler l’accord de paix d’Alger au début de 2025 a eu des conséquences désastreuses. Les forces armées maliennes, appuyées par les mercenaires russes d’Africa Corps, ex-Wagner, ont repris en octobre 2024 les combats contre les rebelles du Nord, aggravant l’insécurité et offrant aux groupes djihadistes du JNIM, affilié à Al-Qaïda, un terrain favorable pour étendre leur influence.
Le conflit ne se limite plus aux régions septentrionales : un blocus sans précédent touche désormais la capitale et les principales villes. Le carburant et les produits essentiels, acheminés par route depuis le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, sont systématiquement bloqués. Ce siège a contraint la junte à fermer les écoles depuis le 26 octobre et à demander aux Maliens de limiter leurs déplacements.
Malgré l’appui de Africa Corps, les attaques se poursuivent et la crise humanitaire s’aggrave de jour en jour. Certaines incursions djihadistes atteignent même les portes de Bamako. Dans ce contexte, les États-Unis, la Russie, puis la France ont recommandé à leurs ressortissants de quitter le pays dans les plus brefs délais.
L’Union africaine appelle pour sa part à une intervention internationale urgente. Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission africaine, a exprimé sa « profonde inquiétude face à la détérioration rapide de la situation sécuritaire » et a insisté sur la nécessité d’une réponse internationale « forte, coordonnée et cohérente » contre le terrorisme et l’extrémisme violent dans le Sahel. Mais cette voix sera-t-elle entendue ?
Le scénario malien n’est pas le fruit du hasard. Les coups d’État de 2020 et 2021 ont permis à la junte de se libérer de toute contrainte internationale, du retrait de la force française Barkhane à celui de la mission onusienne MINUSMA, en passant par le recours à Wagner/Africa Corps. La révocation de l’accord d’Alger a achevé d’ouvrir la voie au retour de la guerre civile et à la montée en puissance des groupes djihadistes, menaçant désormais les pays voisins, notamment le Niger et le Burkina Faso, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), eux aussi confrontés à l’escalade du terrorisme.
Le scénario syrien semble aujourd’hui plus qu’une analogie : il n’est pas tant question de l’incapacité russe à protéger un régime, mais du fait que la communauté internationale a fini par reconnaître un pouvoir issu de la mouvance djihadiste, comme avec Ahmed Al Charaa en Syrie.
Le Mali sera-t-il le prochain pays où un groupe terroriste s’empare du pouvoir ? La situation actuelle laisse toutes les hypothèses ouvertes, et le temps n’est pas du côté des populations civiles, qui paient le prix le plus lourd. Amina.L






























