Quand “Palestine libre” devient un crime au Maroc

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Il fut un temps où le simple fait de brandir le drapeau palestinien unissait les peuples arabes dans un même élan de dignité et de solidarité. Aujourd’hui, au Maroc, ce geste devient un motif d’emprisonnement.

Par Belkacem

Deux jeunes ont été condamnés à des peines de prison ferme pour avoir porté un T-shirt où figurait le slogan « Palestine libre ». Un imprimeur, coupable d’avoir simplement accepté de produire ces vêtements, a lui aussi été condamné. Le tout pour « incitation » — un mot qui, sous certaines latitudes, semble désormais suffire à bâillonner une génération entière.

Ce verdict, rendu par le tribunal de première instance de Rabat, dépasse de loin le cas de ces trois citoyens. Il révèle l’angoissante réalité d’un Maroc où la jeunesse qui ose penser, contester ou même compatir devient suspecte. Dans ce pays où l’étincelle palestinienne a toujours trouvé un écho populaire, cette répression symbolise une rupture morale : celle d’un pouvoir qui criminalise la solidarité pour mieux museler la contestation intérieure.

Le mouvement « GenZ212 », auquel appartiennent les deux jeunes condamnés, n’a pas choisi la rue pour prêcher la haine, mais pour réclamer dignité, emploi et justice sociale. Leurs revendications rejoignent celles d’une génération sacrifiée, souvent sans avenir, et dont le cri d’alarme est transformé en délit.

Brandir « Palestine libre » n’est pas une provocation, c’est un acte de conscience. C’est aussi une manière de dire que la liberté d’un peuple opprimé fait écho à celle que d’autres cherchent, dans leurs propres pays. En punissant ce geste, les autorités marocaines envoient un message glaçant : le droit à l’expression n’est toléré que lorsqu’il reste muet.

Au-delà du Maroc, cette affaire interpelle le monde arabe. Si le slogan « Palestine libre » devient subversif, que restera-t-il des idéaux de fraternité, de justice et de résistance qui ont forgé nos consciences collectives ?

Dans une région où la jeunesse est trop souvent méprisée ou réduite au silence, le procès de Rabat agit comme un miroir impitoyable : celui d’un pouvoir qui redoute plus les mots que les armes, plus un T-shirt qu’une émeute.

La cause palestinienne n’a pas besoin de permission pour exister ; elle vit dans le cœur des peuples. Mais lorsqu’on en vient à punir ceux qui la portent, ce n’est plus la Palestine qu’on condamne — c’est la liberté elle-même.

 

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