Il y a des blessures que le temps n’efface pas. En France, le maréchal Pétain en est l’incarnation.
Par Belkacem
Ce 15 novembre, dans une petite église de Verdun, une poignée de fidèles a choisi d’honorer la mémoire du chef du régime de Vichy, comme si l’Histoire n’avait pas déjà tranché, comme si la honte pouvait être travestie en hommage.
Et soudain, Verdun, cette terre sacrée où l’on pleure les soldats tombés pour la liberté, s’est retrouvée le théâtre d’une tentative de réhabilitation d’un homme condamné pour trahison.
Le scandale ne se limite pas à une messe. Il tient à ce qu’elle signifie : la banalisation insidieuse de la collaboration, le brouillage volontaire de la mémoire, l’effacement progressif de la réalité des crimes commis sous Vichy. Honorer Pétain, c’est tourner le dos aux 76 000 déportés livrés aux nazis. C’est préférer le mensonge au devoir de vérité.
Le préfet de la Meuse a eu raison de s’indigner. La République ne peut pas transiger avec sa mémoire, surtout lorsque certains, sous couvert de tradition ou de prière, cherchent à réhabiliter l’irrémédiable. Le révisionnisme n’est pas une opinion : c’est un poison. Et chaque goutte tolérée ronge un peu plus la conscience collective.
À Verdun, on rend hommage à ceux qui sont morts pour la France, pas à ceux qui l’ont livrée. Il est temps de rappeler que la mémoire n’est pas un champ de bataille idéologique. Elle est un rempart. Un rempart contre le retour des ténèbres. Et certains semblent avoir déjà perdu la boussole morale nécessaire pour le défendre.
Mais au moment où la France s’indigne – à juste titre – de toute entreprise révisionniste sur son propre sol, elle gagnerait aussi à porter un regard lucide sur ses zones d’ombre, notamment celles de la guerre d’Algérie. Car la mémoire ne peut être à géométrie variable. Comment dénoncer les manipulations autour de Pétain tout en continuant à esquiver la vérité sur les crimes coloniaux, les tortures systématiques, les villages rasés et les 1,5 million de martyrs algériens dont la mémoire demeure, elle aussi, confisquée ? La reconnaissance pleine et entière de ces souffrances n’est pas un acte politique : c’est un impératif moral. Une nation qui exige la vérité pour elle-même doit accepter d’assumer celle qu’elle a infligée aux autres.






























