Disparition d’une icône : Biyouna, l’âme rebelle du cinéma, s’éteint à 73 ans

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Le monde de la culture est en deuil. Baya Bouzar, universellement connue sous son nom de scène Biyouna, s’est éteinte mardi à l’hôpital Beni Messous d’Alger, à l’âge de 73 ans. Victime d’un cancer du poumon qui l’affaiblissait depuis plusieurs années, l’artiste emblématique a succombé aux complications respiratoires après des semaines d’hospitalisation.

Son départ laisse un vide immense, celui d’une voix libre, d’un rire contagieux et d’une présence scénique inoubliable qui a traversé les frontières et les générations. Née le 13 septembre 1952 dans le quartier populaire de Belcourt (aujourd’hui Belouizdad) à Alger, Biyouna – surnom affectueux signifiant « la dame » en arabe dialectal – a incarné l’esprit indomptable de l’Algérie post-indépendance. Fille d’un père ouvrier et d’une mère au foyer, elle grandit dans une famille modeste où la musique et les récits populaires résonnent comme un appel irrésistible. Dès l’adolescence, passionnée par le chant, elle intègre des groupes locaux et se produit dans les mariages algérois. Les années 1970 marquent son entrée triomphale au cinéma. Son premier rôle dans ‘’Leïla et les autres’’ de Sid Ali Mazif en 1978 révèle déjà une actrice naturelle, capable de mêler tendresse et ironie. Mais c’est dans les années 1990 que Biyouna explose sur la scène internationale. Le réalisateur franco-algérien Nadir Moknèche lui offre des rôles inoubliables : la domestique espiègle dans ‘’Le Harem de Madame Osmane’’ (1999), puis la flamboyante Paloma dans ‘’Délice Paloma’’ (2007). Ces films, portraits acérés des femmes algériennes entre tradition et modernité, propulsent Biyouna dans le cinéma français, où elle devient une figure incontournable. Son charisme transcende les écrans. À la télévision, elle conquiert un public massif avec la trilogie ramadanesque ‘’Nass Mlah City’’ (2002-2005), une satire hilarante des mœurs algéroises, et la sitcom ‘’Nsibti Laaziza’’ (2010) sur Nessma TV, où son humour caustique fait mouche. Au grand écran, elle brille dans des productions françaises cultes : la sage-femme rebelle de ‘’La Source des femmes’’ de Radu Mihaileanu (2011), la tante excentrique dans ‘’Les Trois Frères : Le Retour’’ (2014), ou encore la voisine truculente de ‘’Neuilly sa mère !’’ (2009). « Biyouna n’était pas une actrice, elle était un ouragan », confiait récemment Mihaileanu dans une interview. Son rire, son regard malicieux et sa gouaille ont rendu ces rôles éternels. Parallèlement, Biyouna n’a jamais abandonné la chanson, son premier amour. Membre de formations comme Les Filles d’Alger, elle sort son premier album solo ‘’Raid Zone’’ en 2001, suivi de ‘’Blonde dans la Casbah’’ en 2007 – un bijou de répertoire franco-algérien teinté de raï et de jazz. Elle collabore même avec Julien Doré sur son album ‘’Bichon’’. Au théâtre, elle triomphe en 2009 dans ‘’La Celestina’’ au Vingtième Théâtre de Paris, et en 2012 avec son one-woman-show ‘’Biyouna !’’ au Théâtre Marigny, où elle revisite son parcours avec une autodérision jubilatoire.

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