Dans le tumulte géopolitique qui secoue le Moyen-Orient et au-delà, la Maison Blanche a encore frappé un grand coup. Le 24 novembre, le président Donald Trump, fidèle à sa rhétorique musclée et à sa croisade contre ce qu’il appelle les « menaces islamistes radicales », a signé un décret exécutif enclenchant un processus pour classer certaines branches des Frères musulmans comme « organisations terroristes étrangères ».
Mais au-delà des sables du Levant, cette décision ricoche jusqu’aux rivages de la Méditerranée, en Algérie, où les Frères musulmans ne sont pas qu’une abstraction lointaine. Ils y sont une force politique tangible, incarnée par le Mouvement de la Société pour la Paix (MSP), parti légal et influent, bras local de la confrérie internationale. Fondé en 1990 sous le nom de Mouvement de la Société Islamique (Hamas, sans lien avec le groupe palestinien), le MSP a navigué habilement entre coopération avec le pouvoir et posture d’opposition modérée. Sous sa casquette, Abderrezak Makri – ex-président du parti depuis 2013, ingénieur de formation et figure charismatique aux discours enflammés –a oscillé entre alliances tactiques avec le régime de Bouteflika et boycotts radicaux, comme lors des élections présidentielles de 2014 ou des législatives de 2017, où il a dénoncé une fraude massive.
Pour Makri et ses proches, la vague trumpienne pourrait bien être un tsunami. Bien que le décret cible explicitement les branches libanaise, jordanienne et égyptienne, la désignation d’une organisation transnationale comme les Frères ouvre la boîte de Pandore. Le MSP, reconnu comme l’affilié algérien par la maison-mère égyptienne, risque l’effet domino : sanctions indirectes via les réseaux financiers internationaux, stigmatisation diplomatique, et un isolement croissant sur la scène mondiale. Imaginez : des dons qataris ou turcs – traditionnels soutiens des islamistes – gelés par la pression américaine ; des conférences internationales où Makri, admirateur déclaré d’Erdogan et du modèle AKP, se voit black-listé comme un paria. Déjà, en 2021, le MSP a frôlé la marginalisation lors des législatives, ne remportant que 65 sièges malgré un abstentionnisme record. Aujourd’hui, avec Trump aux manettes, les contradictions internes pourraient exploser au grand jour.
Au final, ce décret de Trump n’est pas qu’une formalité administrative ; c’est un séisme sismique qui redessine les lignes de faille de l’islam politique. Pour Abderrezak Makri et les siens, il sonne comme un glas : l’ère de l’islamisme « soft power » s’achève, cédant la place à une ère de survie. En Algérie, où les cicatrices de la décennie noire saignent encore, cette onde de choc pourrait réveiller des démons enfouis. Reste à savoir si Makri saura naviguer en ces eaux troubles, ou si son mouvement, comme tant d’autres branches des Frères, finira broyé entre marteau américain et enclume algérienne. L’Histoire, impitoyable, nous le dira bientôt. Charef Slamani






























