Aïn Boudinar, terre de figuiers

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Perchée sur les hauteurs du Dahra oriental, entre ravins, carrières de pierre blanche et vergers suspendus au vent marin, Aïn Boudinar demeure l’une de ces communes rurales de Mostaganem où la terre raconte encore l’histoire des hommes.

Une commune discrète, façonnée par l’eau de sa source, la culture du figuier et les blessures de la guerre de Libération.

Aïn Boudinar signifie littéralement la source de Boudinar. Une appellation liée à la source naturelle qui alimente depuis des siècles les habitants et les terres agricoles de la région.

Située dans la daïra de Kheireddine, la commune compte près de 12 000 habitants en 2024 et conserve les traces visibles de plusieurs époques : coloniale, révolutionnaire et agricole.

Avant l’indépendance, le village portait le nom de Duperré, en hommage à l’amiral français Guy-Victor Duperré. Le centre colonial est officiellement créé en 1875 dans le cadre de la politique de colonisation agricole menée dans le Dahra. Une trentaine de familles venues du sud de la France s’y installent alors, attirées par les terres fertiles et le climat méditerranéen.

Aujourd’hui encore, l’ancienne mairie coloniale domine le vieux centre. Construite en 1882. Non loin de là, l’ancienne école Duperré, bâtie en 1885 et devenue le CEM Frères Khettab, garde elle aussi les cicatrices de l’histoire. Pendant la guerre de Libération, le bâtiment fut transformé en poste militaire français.

Dans les ravins et les maquis du Dahra autour d’Aïn Boudinar, les combats furent particulièrement violents entre 1956 et 1960. Les opérations du plan Challe frappèrent durement plusieurs familles du douar Ouled Boudinar. À l’entrée sud de la commune, la stèle des martyrs porte les noms de 47 chouhada tombés durant la guerre.

Le village reprend officiellement son nom algérien d’Aïn Boudinar par décret du 12 avril 1964.

Durant la période coloniale, la vigne occupait une grande partie des exploitations agricoles. Les coteaux du Dahra produisaient du raisin destiné aux caves viticoles de l’Ouest algérien. les mutations agricoles après l’indépendance, entraînent la disparition de la vigne dans les années 1960. Les figuiers, les oliviers et les céréales prennent alors le relais.

Aujourd’hui, la figue est devenue l’emblème agricole de la commune. Sur près de 15 hectares, des centaines de figuiers produisent une variété locale à peau violette et chair rouge, réputée pour sa saveur sucrée. La production annuelle dépasserait les 1 200 tonnes .

Autre richesse locale : le marbre blanc du lieu-dit El Hadjar. Exploité depuis 1978 par l’ENAMARBRE, ce marbre blanc-gris au veinage fin est utilisé dans le bâtiment, les monuments funéraires, le revêtement et certains travaux artisanaux.

En 2026, Aïn Boudinar demeure une commune à vocation essentiellement rurale, vivant de l’agriculture et de l’activité extractive. Mais les défis sont nombreux : vieillissement des réseaux hydrauliques, recul du débit de la source, chômage des jeunes et impact environnemental des carrières.

Parmi les projets annoncés figurent l’extension du périmètre irrigué grâce au transfert hydraulique Kramis-Bouguirat, la création d’une unité de conditionnement de figues sèches et la réhabilitation écologique de certaines zones d’extraction de marbre.

Entre mémoire révolutionnaire, terres fertiles et pierre blanche, Aïn Boudinar continue ainsi de préserver son identité.

  • Par Belkacem

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