L’absence du président Abdelmadjid Tebboune au Sommet arabe extraordinaire du Caire, ce 4 mars, n’est pas qu’un simple agenda diplomatique ajusté. C’est un geste politique fort, une critique voilée mais cinglante adressée à des partenaires arabes accusés d’exclusion et de fragmentation. Derrière cette décision se cachent des enjeux bien plus profonds que la simple gestion d’un sommet : une bataille pour l’âme de la solidarité arabe, à l’heure où la Palestine traverse l’une des phases les plus sombres de son histoire.
Alger n’a pas mâché ses mots. Selon l’agence APS, le processus préparatoire du sommet aurait été « monopolisé par un groupe restreint », une allusion transparente à des acteurs comme l’Égypte, les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite, souvent perçus comme alignés sur des intérêts géopolitiques divergents. En refusant de siéger personnellement, Tebboune envoie un message clair : l’unité arabe ne se construira pas en marginalisant une partie de ses membres.
Cette logique d’exclusion est d’autant plus amère pour l’Algérie qu’elle s’investit depuis des décennies dans la cause palestinienne. Rappelons qu’en 2023, le pays a obtenu un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, avec pour priorité déclarée de « porter la voix des peuples opprimés », notamment la Palestine. Un mandat qu’Alger prend à cœur, multipliant les initiatives : soutien financier à l’UNRWA, accueil de dirigeants du Hamas et du Fatah, et plaidoyer pour une reconnaissance internationale de l’État palestinien.
Le sommet du Caire devait être un moment de convergence. Il révèle, au contraire, les fractures d’une Ligue arabe en perte de vitesse. Alors que les attaques israéliennes sur Gaza s’intensifient et que les colonies en Cisjordanie se multiplient, les pays arabes peinent à parler d’une seule voix. Certains, comme les Émirats ou Bahreïn, ont normalisé leurs relations avec Israël via les accords d’Abraham. D’autres, comme l’Algérie ou la Tunisie, refusent toute normalisation sans progrès concret vers une solution à deux États.
Dans ce contexte, l’indignation de Tebboune résonne comme un rappel : la Palestine n’est pas une monnaie d’échange géopolitique. « Nous n’attendons ni récompense ni gratitude », martèle Alger, mais le pays déplore une « division qui affaiblit la nation arabe ». Une référence à peine voilée aux rivalités entre monarchies du Golfe et républiques « révolutionnaires », mais aussi à l’incapacité chronique de la Ligue arabe à sanctionner Israël ou à coordonner une réponse commune.
En choisissant de boycotter symboliquement le sommet, l’Algérie assume son rôle de contestataire historique du système régional. Depuis l’ère Boumédiène, le pays se présente comme le défenseur des « causes justes », des indépendances africaines à la lutte contre l’apartheid. Aujourd’hui, face à un Moyen-Orient dominé par les pétromonarchies et les realpolitik, Alger incarne une voix dissonante, refusant de troquer ses principes contre des alliances opportunistes.
Mais cette posture a un prix. En 2022, l’Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc, accusé de « collusion avec Israël ». Elle s’oppose aussi fermement à la présence marocaine au Sahara occidental.
Et maintenant ? Reste que l’Algérie mise sur un atout : son statut de puissance énergétique émergente. Avec des réserves de gaz colossales et une Europe en quête d’alternatives au gaz russe, Alger pourrait instrumentaliser son influence économique pour peser sur les dossiers politiques. Déjà, en 2023, le pays a conditionné ses contrats gaziers à un soutien européen à la cause palestinienne.
La balle est désormais dans le camp des pays arabes. Vont-ils saisir l’avertissement d’Alger et œuvrer à une véritable unité ? Ou continuer à privilégier les calculs individuels, au risque de laisser la Palestine sombrer dans l’oubli ? Une chose est sûre : le Président Tebboune, en restant à Alger, a transformé une absence en manifeste. Riad






























