Algérie-France : La dangereuse dérive

0
265

Les relations entre Alger et Paris viennent de franchir un seuil critique, marqué par un langage et des méthodes qui rappellent douloureusement les pages sombres du passé. En exigeant unilatéralement que l’Algérie « révise tous les accords bilatéraux » sous six semaines – ultimatum inédit entre nations souveraines –, la France de François Bayrou semble avoir choisi la provocation plutôt que la diplomatie. Pire : en privant les détenteurs de passeports diplomatiques algériens du droit d’entrée sur son territoire, Paris piétine l’accord de 2013 scellé dans un esprit d’égalité.

Derrière ces mesures se profile l’ombre de l’extrême droite française, dont l’influence grandissante sur la politique migratoire et étrangère de la France est alarmante. Le prétendu « audit » sur les visas, présenté comme une réponse sécuritaire après l’attentat dans l’Est de la France, sert surtout de paravent à une stratégie électoraliste. Mais à quel prix ? En instrumentalisant les questions migratoires et en humiliant Alger, Paris alimente un cycle de représailles préjudiciable à ses propres intérêts. La suspension des relations parlementaires par l’Assemblée algérienne, suite à la visite polémique de Gérard Larcher au Sahara occidental, en est l’illustration immédiate.

La réplique algérienne, ferme mais mesurée, révèle une blessure profonde. En rappelant le non-respect de l’article 8 de l’accord de 2013 – qui impose une notification préalable –, Alger souligne un mépris systémique. « Ces provocations n’auront aucun effet sur notre pays », prévient le ministère des Affaires étrangères, laissant entendre qu’une redéfinition radicale des liens pourrait suivre. La France oublie-t-elle que l’Algérie, forte de ses partenariats diversifiés (Chine, Russie, Afrique), n’est plus captive du tête-à-tête postcolonial ?

En poussant Alger à durcir le ton, Paris prend aussi le risque d’ébranler la stabilité régionale. L’Algérie reste un acteur clé dans la lutte contre le terrorisme au Sahel et la régulation des flux migratoires vers l’Europe. Fragiliser ce partenariat, c’est affaiblir la position européenne dans une zone déjà en proie aux crises. La « maîtrise des flux migratoires » évoquée par Bayrou ne se décrètera pas par la coercition, mais par le dialogue.

Si la France persiste dans cette logique de diktat, elle précipitera ce qu’elle prétend éviter : une Algérie tournée vers d’autres horizons, nourrissant défiance et ressentiment. Quant à Alger, elle devra résister à la tentation de la surenchère symbolique pour privilégier une réponse stratégique et souveraine. Les deux pays gagneraient à relire l’histoire : ce n’est pas en brandissant des menaces, mais en reconnaissant mutuellement leur dignité, que leurs relations ont jadis retrouvé un équilibre. Le temps presse – avant que la rupture ne devienne irréversible.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici