Algérie-France : Villepin contre la surenchère

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Dans un contexte de tensions persistantes entre la France et l’Algérie, l’intervention de Dominique de Villepin ce dimanche 23 février sur BFMTV résonne comme un rappel à l’ordre. L’ancien Premier ministre, figure respectée de la diplomatie française, a vivement critiqué les déclarations de Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, jugées contre-productives et « amateurs » dans la gestion d’un dossier aussi sensible.

Alors que les blessures de l’attaque de Mulhouse, qui a coûté la vie à une personne, sont encore vives, Bruno Retailleau a choisi d’imputer une partie de la responsabilité de cet acte terroriste aux « désordres migratoires » liés à l’Algérie, tout en appelant à rompre l’accord bilatéral de 1968. Une surenchère verbale que Villepin dénonce avec fermeté : « Dire “c’est la faute de l’Algérie”, ça nous fait avancer ? » interroge-t-il, soulignant l’inefficacité d’une politique du bras de fer.

Pour Dominique de Villepin, ces propos relèvent d’une méconnaissance des fondamentaux de la diplomatie. Fort de quarante ans d’expérience, il rappelle que les relations internationales ne se règlent pas sur les plateaux télévisés ou par des déclarations incendiaires. « La scène publique et le 20 heures de TF1 ne sont pas les lieux idoines » pour négocier, assène-t-il, déplorant un empiètement flagrant sur les prérogatives du Quai d’Orsay et de l’Élysée. Selon lui, Retailleau outrepasse son rôle de ministre de l’Intérieur en s’immisçant dans un champ qui appartient au chef de l’État et au ministre des Affaires étrangères.

Villepin ne nie pas les défis posés par la relation franco-algérienne, marquée par des contentieux historiques et des crispations récurrentes. « La situation est inacceptable », concède-t-il, mais il insiste : c’est par le dialogue et la discrétion, non par la surenchère, que se construiront des solutions. En pointant du doigt le « durcissement » de Retailleau, il met en garde contre une politisation stérile des enjeux migratoires et sécuritaires. « Tenir le manche de la République, ce n’est pas courir de micro en micro », lance-t-il, appelant à une approche plus responsable et coordonnée.

L’avertissement de Villepin interroge en filigrane la cohérence de la communication gouvernementale. En mélangeant politique intérieure et relations internationales, la France risque de fragiliser encore un peu plus un partenariat déjà ébranlé. L’ancien Premier ministre plaide pour un retour à l’art discret de la diplomatie, loin des effets d’annonce. Son message est clair : face à un partenaire comme l’Algérie, dont la sensibilité historique est à vif, chaque mot pèse. La surenchère ne sert ni la crédibilité de la France, ni ses intérêts à long terme.

 

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