À la veille d’un vote crucial au Conseil de sécurité des Nations unies, les États-Unis ont présenté un nouveau projet de résolution sur le Sahara occidental, marquant un subtil virage diplomatique dans ce dossier gelé depuis des décennies. Ce texte, qui prolonge le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) jusqu’au 31 janvier 2026, appelle à un cessez-le-feu immédiat et à des négociations directes sans conditions préalables entre le Front Polisario et le Maroc.
Mais si ce document ouvre potentiellement la porte à des compromis, il reste ambigu sur des points essentiels, alimentant les tensions entre les parties impliquées. Préparé par Washington en tant que « penholder » (rédacteur principal) du dossier, le projet de résolution ‘’modifié’’ supprime la référence explicite au plan d’autonomie marocain de 2007 comme « seule base de règlement » du conflit. Cette évolution, saluée par certains observateurs comme un « léger tournant diplomatique », pourrait ouvrir la voie à d’autres propositions, y compris celles défendues par le Polisario, qui insiste sur un référendum d’autodétermination. Le document invite en effet les quatre parties prenantes – le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie – à reprendre les « Tables rondes » sous l’égide de l’ONU, sans imposer de cadre unique. Pourtant, ce projet n’apaise pas toutes les inquiétudes. Il omet de mentionner clairement le « droit à l’autodétermination du peuple sahraoui », pilier des résolutions onusiennes depuis 1991 et principe défendu par la Cour internationale de Justice en 1975. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, avait recommandé dans son rapport récent une prolongation du mandat de la MINURSO pour un an, jusqu’au 31 octobre 2026, tout en soulignant les obstacles persistants au processus électoral. Washington, en optant pour janvier, semble vouloir accorder plus de temps aux négociations, mais au risque d’alimenter les soupçons de partialité. Le scrutin, prévu aujourd’hui jeudi 30 octobre au Conseil de sécurité, s’annonce incertain. Les États-Unis doivent rallier au moins neuf voix sur quinze pour adopter le texte, dans un contexte international exacerbé par la guerre à Gaza et les divisions géopolitiques. La Russie, qui a déjà brandi la menace d’un veto en exigeant une révision du projet, pourrait bloquer l’initiative si elle y voit une dérive pro-marocaine. De même, la Chine reste prudente, tandis que des membres non permanents comme l’Algérie – soutien du peuple sahraoui – pourraient s’opposer fermement. Du côté marocain, l’accueil est mitigé mais globalement positif. Rabat, qui a proposé des « concessions » telles que la libération de prisonniers sahraouis et la reconnaissance de l’intangibilité des frontières algériennes, voit dans ce texte une reconnaissance implicite de sa souveraineté. Pour le Front Polisario, en revanche, le document est une « provocation ». « Ce texte légitime l’occupation marocaine et enterre le référendum », a déclaré un porte-parole du mouvement, qui a rejeté fermement l’initiative lors d’une déclaration à New York le 24 octobre. Si le projet est adopté tel quel, le Polisario a prévenu qu’il boycotterait toute négociation, qualifiant les appels au cessez-le-feu de « manœuvre dilatoire ». Si le texte est adopté, il pourrait relancer un processus diplomatique au point mort depuis les dernières Tables rondes de 2019. Mais sans référence explicite à l’autodétermination, il risque de creuser le fossé entre les deux parties. Le Sahara occidental, ancien protectorat espagnol riche en phosphates et en pêche, reste un symbole des frustrations postcoloniales en Afrique du Nord. Charef Slamani






























