France : la bombe sociale du logement

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La crise du logement en France n’est plus une alerte sociale, elle est devenue une véritable urgence nationale.

Le dernier rapport de la Fondation pour le logement des défavorisés dresse un tableau accablant : près d’un million de personnes sans domicile personnel, 2,9 millions de ménages en attente d’un logement social et plus de 15 millions de citoyens touchés par la crise du logement.

Dans ce contexte déjà fragilisé, les 35 milliards d’euros de coupes budgétaires annoncées dans le cadre du budget Macron-Faure risquent d’aggraver une situation explosive. Derrière les discours sur la rigueur financière, c’est un secteur vital qui se retrouve amputé de moyens essentiels, alors même que la demande n’a jamais été aussi forte. La crise du logement ne résulte pas uniquement d’un manque de constructions. Elle est le fruit d’orientations politiques qui ont progressivement transformé le logement en produit financier, au détriment de sa fonction sociale.

Le paradoxe français est saisissant. Alors que des millions de personnes peinent à se loger, plus de 3,1 millions de logements restent vacants. Cette contradiction illustre les limites d’un système où la spéculation immobilière et la rentabilité priment souvent sur les besoins sociaux. Dans ce climat, les expulsions locatives atteignent des niveaux records, avec plus de 24 000 décisions exécutées en 2024, révélant une violence institutionnelle qui fragilise davantage les populations les plus vulnérables.

Le logement social, censé constituer un rempart contre la précarité, se trouve lui aussi en crise. Les délais d’attente s’allongent dangereusement, atteignant parfois une décennie. Pire encore, obtenir un logement social ne garantit plus des conditions de vie dignes. Vieillissement des bâtiments, mauvaise isolation, suroccupation ou insalubrité témoignent d’un parc immobilier sous-financé et délaissé.

Depuis plusieurs années, les décisions politiques ont contribué à cette dégradation. La hausse de la TVA sur la construction sociale et la réduction des ressources des organismes HLM ont mécaniquement freiné les programmes de construction. Dans le même temps, certaines collectivités locales continuent de contourner leurs obligations en matière de logements sociaux, malgré les exigences de la loi SRU. Ce refus d’assumer la solidarité territoriale accentue les fractures sociales et géographiques.

À ces dysfonctionnements structurels s’ajoute un mal plus insidieux : l’opacité des procédures d’attribution. Le manque de transparence, les critères parfois incompréhensibles et les scandales liés au favoritisme nourrissent un profond sentiment d’injustice.

La crise du logement en France dépasse aujourd’hui la seule question immobilière. Elle interroge la capacité de l’État à garantir l’égalité sociale et à préserver la cohésion nationale. En poursuivant des politiques d’austérité budgétaire, le pouvoir risque de transformer une crise sociale en fracture durable.

  • Par Belkacem

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