Guerre au Golfe : Rabat prochain sur la liste ?

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La montée des tensions au Moyen-Orient ne cesse de redessiner la carte des alliances et des menaces. Après avoir affirmé qu’il frapperait tout pays abritant des bases américaines ou israéliennes, l’Iran a récemment élargi le spectre de ses cibles en menant des attaques contre plusieurs États du Golfe, notamment les Émirats arabes unis, le Qatar, Bahreïn et le Koweït. Une escalade qui soulève désormais une question sensible : jusqu’où Téhéran est-il prêt à aller ?

Dans ce contexte explosif, le Maroc apparaît, pour certains observateurs, comme un acteur indirectement exposé. Depuis la normalisation officielle de ses relations avec Israël le 22 décembre 2020, dans le cadre des Accords d’Abraham soutenus par les États-Unis, Rabat a considérablement renforcé sa coopération avec l’État hébreu, notamment dans les domaines militaire, technologique et du renseignement.

Cette coopération s’est traduite par des projets concrets, dont la construction d’unités industrielles dédiées à la fabrication de drones militaires, en partenariat avec la société israélienne « BlueBird Aero Systems ». Ces installations, situées notamment à proximité de Casablanca, visent à produire des drones de reconnaissance et des munitions rôdeuses de type SpyX, capables de mener des frappes ciblées.

Par ailleurs, des informations évoquent la possibilité d’un projet de base militaire conjointe israélo-américaine dans la région stratégique de Nador, au nord du Maroc. Bien que non officiellement confirmé, ce type d’initiative alimente les spéculations sur une intégration plus poussée du Maroc dans l’architecture sécuritaire occidentale au Maghreb.

Face à cette évolution, une interrogation s’impose : le Maroc pourrait-il devenir une cible potentielle pour l’Iran ? Sur le plan doctrinal, Téhéran a clairement indiqué qu’il considérait toute présence militaire israélienne à l’étranger comme une menace légitime à neutraliser. Toutefois, transposer cette logique au cas marocain relève davantage, à ce stade, de la projection que d’une réalité imminente.

En effet, plusieurs facteurs atténuent la probabilité d’une confrontation directe. D’abord, la distance géographique.  On nous répète souvent que la géographie protège et que les kilomètres sont une barrière naturelle et que Rabat est loin, très loin de Téhéran. Environ 4 800 kilomètres à vol d’oiseau. Une distance confortable… du moins sur une carte. Sauf que la guerre moderne ne se joue plus avec des cartes, mais avec des missiles. Et justement, l’Iran vient de rappeler au monde  que la distance n’est plus un obstacle. En frappant  la base stratégique de Diego Garcia, située à près de  « 4 000 kilomètres », Téhéran a envoyé un message limpide : son rayon d’action dépasse désormais largement son voisinage immédiat.

Ainsi, le risque n’est pas totalement inexistant. Dans un contexte de guerre élargie entre Israël et ses adversaires régionaux, toute infrastructure militaire ou industrielle liée à l’État hébreu pourrait devenir une cible symbolique ou stratégique. Le Maroc, en s’inscrivant dans cette dynamique de coopération sécuritaire, s’expose indirectement aux tensions qui dépassent désormais largement le théâtre moyen-oriental.

De cette façon, plus qu’une menace imminente, c’est un changement de statut géopolitique qui se profile pour Rabat : celui d’un acteur désormais intégré dans le cercle  du trio « Usa-Israël-Dubaï », ennemi juré de Téhéran, où les alliances économiques et militaires peuvent, en temps de crise, se transformer en facteurs de vulnérabilité.

  •  Par Belkacem

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