Hiroshima, 6 août 1945 : la barbarie nucléaire

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Ce mercredi 6 août 2025, quatre-vingts ans après le largage de la bombe atomique « Little Boy » sur Hiroshima, l’écho de cette tragédie résonne encore comme un avertissement. À 8h16 ce matin-là, une ville de 255 000 à 348 000 âmes, centre industriel japonais, fut réduite en cendres par une explosion de 15 kilotonnes, orchestrée par le lieutenant-colonel Paul Tibbets à bord de l’Enola Gay. Albert Camus, dans Combat le 8 août, qualifiait cette sauvagerie d’inédite : « n’importe quelle ville moyenne peut être rasée par une bombe de la taille d’un ballon ». Ce jour marque l’entrée de l’humanité dans l’ère nucléaire, où la technologie devient une arme de destruction totale.

Le choix d’Hiroshima, intacte jusque-là, répondait à une logique froide : tester l’efficacité de la bombe sur une population dense, abritée dans des maisons de bois vulnérables, amplifiant incendies et radiations dans un relief collinaire. Le premier essai nucléaire, « Gadget », le 17 juillet 1945 au Nouveau-Mexique, avait déjà prouvé sa puissance, mais Hiroshima fut le théâtre d’une expérimentation humaine. Le message du pilote Claude Eatherly, validant les conditions météo, scella ce destin, laissant une culpabilité qui hantera sa correspondance avec Günther Anders. Le champignon de 17 km de hauteur et 800 mètres de diamètre laissa derrière lui un paysage apocalyptique, décrit par le médecin Michihiko Hachiya : « Hiroshima n’était plus une ville, mais une terre brûlée », où les survivants, les « hibakusha », avançaient tels des spectres, marqués par des brûlures et une sidération collective.

Les chiffres restent flous – entre 90 000 et plus de 200 000 morts, selon le maire Hamai Shinzo – en raison des archives détruites et des populations flottantes. Les radiations de la « pluie noire » ont engendré des cancers, raccourci l’espérance de vie des rescapés, et transformé ces victimes en cobayes pour les études américaines, tandis que le Japon ne reconnaîtra leurs maladies qu’en 2020. Les orphelins, livrés à la misère, alimentèrent des réseaux de prostitution ou les rangs des yakuzas, illustrant une indifférence sociétale qui contraste avec le « Genbaku bungaku », littérature née de cette douleur. Pourtant, ce souvenir a parfois servi à occulter les crimes de guerre japonais en Asie, jusqu’aux excuses de 1995 par le maire d’Hiroshima et le premier ministre Murayama.

Sur les réseaux sociaux, des voix appellent à « ne jamais oublier » tandis que d’autres questionnent l’hypocrisie des puissances nucléaires. Cette date, où la guerre atteignit son paroxysme de barbarie, interroge notre humanité : les arsenaux nucléaires actuels, bien plus destructeurs, rappellent que le spectre d’Hiroshima hante encore. L’enjeu est de transformer ce « dernier degré de sauvagerie » en un serment de paix, exigeant un désarmement global, faute de quoi l’histoire risque de se répéter dans un silence assourdissant.  Riad

 

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