Dimanche dernier, des milliers de voix se sont élevées à Paris, Lille et dans d’autres villes de France pour dire « non » à l’islamophobie. Ces manifestations, portées par des organisations antiracistes et des citoyens indignés, ont rendu un hommage poignant à Aboubacar Cissé, jeune Malien de 22 ans sauvagement assassiné dans une mosquée de La Grande-Combe, dans le Gard. Ce crime atroce, perpétré le 25 avril 2025, n’est pas un acte isolé : il s’inscrit dans une montée alarmante des actes anti-musulmans, avec une augmentation de 72 % des incidents recensés au premier trimestre 2025 par rapport à l’année précédente. Ce drame doit être un électrochoc pour la société française.
L’assassinat d’Aboubacar Cissé, poignardé à des dizaines de reprises alors qu’il priait, filmé par son bourreau proférant des insultes islamophobes, révèle une réalité brutale : l’islamophobie tue. Les images de cet acte odieux, diffusées sur les réseaux sociaux avant d’être retirées, ont choqué la nation. Pourtant, le silence initial de certaines autorités et la réticence à qualifier cet acte de terrorisme islamophobe interrogent. Pourquoi tant d’hésitation à nommer ce mal qui gangrène notre société ? Comme l’a dénoncé Eric Cockerell, député influent, cette « montée indéniable de l’islamophobie » ne peut plus être ignorée.
Ces manifestations, où des drapeaux tricolores côtoyaient des pancartes proclamant « Justice pour Aboubacar » et « Islamophobie tue », incarnent un sursaut républicain. Elles rappellent que la France, fidèle à ses valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, ne peut tolérer la stigmatisation d’une partie de sa population. Avec environ 6,7 millions de musulmans, soit 10 % de la population, la communauté musulmane est un pilier de la nation. Pourtant, elle fait face à une discrimination croissante, alimentée par des discours politiques clivants et des amalgames dangereux entre islam et terrorisme.
Le débat autour du terme « islamophobie » lui-même, souvent critiqué par certains comme une entrave à la critique de la religion, doit cesser d’être une diversion. L’islamophobie, c’est le racisme anti-musulman, un fléau qui se traduit par des actes concrets : insultes, agressions, profanations de mosquées et, désormais, assassinats. Les chiffres du ministère de l’Intérieur, bien que sous-estimés selon les associations, parlent d’eux-mêmes : 79 actes anti-musulmans en trois mois. Combien de drames faudra-t-il pour que l’État prenne la mesure de cette crise ?
Il est temps de passer des paroles aux actes. Les autorités doivent reconnaître l’islamophobie comme une menace systémique et intégrer des mesures concrètes dans les politiques publiques, comme le réclament les organisations telles que le Collectif contre l’islamophobie en Europe. Cela passe par une meilleure formation des forces de l’ordre, une justice plus ferme face aux crimes de haine et un discours politique qui apaise plutôt qu’il n’attise. Les mosquées, lieux de recueillement, doivent être protégées comme des sanctuaires de paix, non des cibles.
L’hommage à Aboubacar Cissé, porté par des milliers de Français de toutes origines, est un signal d’espoir. Il montre que l’unité du peuple est plus forte que la haine. Mais cet élan ne suffira pas sans une volonté politique claire. La France doit se regarder en face et assumer ses responsabilités. Car ignorer l’islamophobie, c’est trahir les idéaux de la République. Aboubacar Cissé n’était pas seulement une victime ; il était un citoyen, un frère, un fils. Sa mémoire nous oblige à agir, pour que plus jamais un lieu de culte ne devienne une scène de crime.






























