Lundi 12 mai 2025, l’ancien ministre de la Justice algérien, Tayeb Louh, comparaîtra une nouvelle fois devant le tribunal dans une affaire de corruption retentissante. Poursuivi pour enrichissement illicite et dissimulation de produits du crime, Louh est accusé d’avoir acquis une luxueuse villa à Dely Ibrahim, à l’ouest d’Alger, pour la somme de 12 milliards de centimes (environ 73 millions d’euros), sans en déclarer la provenance. Les services d’enquête s’interrogent sur l’origine de cette fortune, dans un dossier qui pourrait aggraver la situation judiciaire de l’ancien garde des Sceaux.
Le juge d’instruction de la chambre pénale économique et financière a inculpé Louh en vertu de la loi 01/06 relative à la prévention et à la lutte contre la corruption. Selon les chefs d’accusation, l’ex-ministre aurait sciemment dissimulé l’achat de ce bien immobilier, un acte qui s’ajoute à une série de scandales ayant émaillé sa carrière. Déjà condamné à plusieurs reprises, Tayeb Louh purge actuellement une peine cumulée de cinq ans de prison pour des affaires antérieures, notamment pour entrave à la justice et incitation à la falsification, dans lesquelles il avait été jugé aux côtés de l’homme d’affaires Tarek-Noah Kouninef, proche de l’ancien régime Bouteflika.
En février 2023, la Chambre criminelle du Conseil judiciaire d’Alger avait rejeté sa demande de consolidation de peines, l’obligeant à purger intégralement ses condamnations : trois ans pour une première affaire d’entrave à la justice, et deux ans supplémentaires dans un autre dossier impliquant Kouninef. Alors qu’il espérait une libération prochaine, cette nouvelle affaire pourrait prolonger son séjour derrière les barreaux, à la prison d’El-Harrach, où il est détenu depuis 2019.
Tayeb Louh, qui fut ministre de la Justice de 2013 à 2019 sous Abdelaziz Bouteflika, est devenu un symbole des dérives du régime déchu. Son nom est associé à de multiples scandales, de l’affaire des bracelets électroniques défectueux – un projet de 100 millions de dollars jamais concrétisé – à des interventions présumées pour étouffer des enquêtes judiciaires au profit d’hommes d’affaires influents, comme Tarek Kouninef. Ce dernier, accusé de fraude fiscale massive, aurait bénéficié de l’intervention de Louh pour éviter des poursuites.
Cette nouvelle affaire intervient dans un contexte où la justice algérienne, sous l’impulsion du président Abdelmadjid Tebboune, intensifie sa lutte contre la corruption héritée de l’ère Bouteflika. Depuis 2019, des dizaines d’anciens responsables et oligarques ont été condamnés, et des biens mal acquis – estimés à 30 milliards de dollars – ont été saisis ou mis aux enchères. L’affaire de la villa de Dely Ibrahim pourrait marquer un tournant pour Tayeb Louh, dont le patrimoine immobilier a déjà fait l’objet de controverses. Riad






























