Le hammam, intemporel des Algériens 

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Malgré les baignoires modernes qui équipent désormais nos foyers, le hammam reste, pour la majorité des Algériens, un refuge sacré durant les froides journées d’hiver. Surtout le jeudi soir, où cette escapade devient un rituel : on s’y précipite pour l’ablution méticuleuse avant la prière du vendredi, mais aussi pour savourer une parenthèse de détente. À l’image des épiceries, boulangeries ou barbiers, le hammam est une institution ancrée dans chaque quartier, du plus chic au plus populaire. Mostaganem, peut-être la ville la mieux dotée en la matière, en compte un nombre impressionnant – chaque cité y possède le sien, fidélisant une clientèle inchangée depuis des décennies.

Parmi eux, les hammams de Tidjditt et Tabana se distinguent par leur vétusté. Leur architecture, avec portes massives et fenêtres ajourées, trahit une origine remontant à l’époque ottomane et coloniale. Autrefois strictement réservés aux hommes, ces lieux servaient aussi d’auberges improvisées : un voyageur de passage pouvait y dormir, comme au hammam « Bouamran » du quartier Derb, où literie et couvertures étaient fournies. Les riverains d’alors s’y rendaient autant pour se laver que pour échanger nouvelles et rumeurs, à l’image des souks hebdomadaires.

Imaginons un instant accompagner votre grand-père dans l’un de ces hammams… À l’entrée, le « Maâlem »– gardien des lieux – trône derrière son bureau. C’est à lui qu’on confie porte-monnaie et montres, précieusement rangés dans un tiroir ou suspendus à un clou près d’une horloge au tic-tac hypnotique. « Tiens, ma « Zaaboula » contient dix « Doros », lance le vieil homme, déposant aussi sa montre à gousset.

Dans la « Beyt erraha » (salle de repos), alignés contre les murs, des matelas attendent les corps fatigués. Le grand-père se déshabille, enfile la « Fouta » (pagne) et les « Kabkab » (sandales de bois) que lui tend le  « moutchou » (garçon de bain). « Conduis-moi à la « Beyt eskhoun » (étuve), je ne sais pas marcher avec ces semelles ! », lance-t-il au « Kiass » (masseur). Ce dernier le guide, main ferme sous le coude, jusqu’à la chambre de vapeur.

Allongé sur le marbre brûlant, le vieux transpire longuement avant d’appeler : « Y a-t-il un « Kiass » pour me frictionner ? ». Le masseur arrive, fait craquer les vertèbres avec expertise, étale du « Ghassoul » (argile) sur sa peau, puis le savonne au « Saboun erriha »(savon parfumé). « Dépêche-toi, j’étouffe ! », souffle l’aïeul, aspergé d’eau fraîche avant d’être enveloppé dans des « Bchakil » (serviettes).

« Bsahtek » ! Que ce bain te régénère ! », Lui souhaite le « Kiass ». Titubant, le grand-père regagne son matelas, enveloppé dans une couverture. « Une limonade… ou un thé à la menthe », murmure-t-il. Peu à peu, sous l’effet de la boisson chaude, sa respiration s’apaise. Bercé par les murmures du hammam, il sombre dans une sieste réparatrice… « Bsahtek el hammam, Jeddi ».

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