Le Maroc, seul allié d’Israël malgré Gaza

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Alors que la guerre à Gaza a conduit plusieurs pays arabes à suspendre leur coopération avec Israël, le Maroc affiche une singularité assumée. Sous le règne de Mohammed VI, Rabat a non seulement maintenu ses liens avec l’État hébreu, mais les a renforcés, transformant une relation discrète en partenariat stratégique. Un choix qui interroge autant qu’il illustre les réalpolitik à l’œuvre dans une région en mutation.

Les relations entre les deux pays, longtemps tenues secrètes, ont pris un tour officiel avec les accords d’Abraham de 2020, facilités par l’administration Trump. En échange de la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, Rabat a normalisé ses liens avec Tel-Aviv. Depuis, les échanges se multiplient : visites de ministres israéliens, contrats d’armement pharaoniques (drones Heron, systèmes anti-missiles Barak MAX) et, surtout, un récent contrat d’un milliard de dollars pour deux satellites espions Ofek-13.

L’armée marocaine, traditionnellement cliente de la France, a remplacé les canons Caesar français par l’israélien Atmos 2000, le royaume a opté pour des satellites made in Israël plutôt que ceux d’Airbus et Thales. Résultat : en 2023, Israël est devenu le troisième fournisseur militaire du Maroc, talonnant la France.

Cette alliance dépasse le simple commerce d’armes. En juin 2024, le Maroc a autorisé un navire de guerre israélien à se ravitailler à Tanger après un refus espagnol – un geste inédit dans le monde arabe. Autre signal fort : l’expulsion vers Israël de Naim Kalabat, un Palestinien accusé de terrorisme, malgré l’absence de traité d’extradition. Des décisions qui renforcent la position de Rabat comme interlocuteur clé de l’Occident et d’Israël en Afrique du Nord.

Côté israélien, le gouvernement Netanyahu ménage la susceptibilité marocaine. En évitant les visites officielles trop médiatisées depuis la guerre de Gaza, il préserve un partenaire précieux face à l’hostilité croissante de l’opinion publique marocaine. Car c’est là le paradoxe,  si l’État marocain cultive cette relation, une partie de sa société la rejette.

Manifestations pro-palestiniennes, pétitions étudiantes contre les partenariats universitaires… La normalisation avec Israël divise. En mai 2024, plus de 1 200 étudiants ont exigé la rupture des liens académiques avec Tel-Aviv, rappelant que la cause palestinienne reste ancrée dans une partie de la population.

Pour le Palais royal, l’enjeu est de concilier intérêts stratégiques (sécurité au Sahara, technologie de surveillance) et stabilité interne. Les récentes concessions israéliennes – comme la discrétion des visites officielles – témoignent de cet équilibre fragile.

En s’affirmant comme le seul pays arabe à approfondir ouvertement ses liens avec Israël malgré la guerre à Gaza, le Maroc joue un pari risqué où le réalisme économique et sécuritaire se heurte aux passions politiques d’une société encore profondément attachée à la question palestinienne. L’avenir dira si cette « exception marocaine » résistera aux tempêtes régionales.             Riad 

 

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