Les dessous d’une crise algéro-française : la France en position de faiblesse ?

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L’Algérie et la France naviguent-elles vers une confrontation sans précédent ? La question se pose alors que Bruno Retailleau, ministre français de l’Intérieur et potentiel candidat de la droite en 2027, menace de démissionner si Alger refuse de réadmettre ses ressortissants expulsés. Une déclaration perçue comme une impasse stratégique par Michel Pierre, historien et ancien conseillé culturel de l’ambassade de France à Alger, qui alerte sur les risques d’un « clash historique ».

Deux dossiers enveniment les relations entre Paris et Alger. Le premier concerne le rapatriement des Algériens en situation irrégulière, notamment ceux condamnés pour délits en France. Un processus aujourd’hui paralysé, comme en témoigne l’expulsion ratée de l’influenceur algérien Doualem, pourtant détenteur d’un titre de séjour légal. Le second sujet, plus épineux, touche à l’accord bilatéral de 1968, régissant la circulation des personnes entre les deux pays. Un texte régulièrement amendé (1985, 1994, 2001) pour s’aligner sur le droit commun des étrangers, mais dont la réinterprétation actuelle nourrit les tensions.

Michel Pierre : « Halte aux Illusions Françaises ! »

Pour l’expert, la menace de dénoncer l’accord de 1968 relève de l’« illusion ». « Ce texte ne soumet plus la France à l’Algérie depuis longtemps », souligne-t-il, rappelant que les modifications successives et l’instauration des visas en 1986 ont vidé l’accord de ses spécificités. « Y renoncer unilatéralement ne servirait à rien, sinon à alimenter un rapport de force stérile », insiste-t-il, déplorant les propositions « irréalistes » comme la suspension des visas ou l’interdiction d’Air Algérie.

Contrairement aux idées reçues, l’Algérie n’est pas isolée. Michel Pierre rappelle ses liens solides avec l’Italie, l’Espagne, la Turquie, mais aussi avec la Chine, la Russie ou les États-Unis. « La France croit avoir des leviers, mais elle surestime son influence », analyse-t-il, soulignant que l’ère où Paris imposait ses conditions est révolue. « Aujourd’hui, c’est l’Algérie qui a les cartes en main. Les menaces ne font que renforcer sa position. »

Plutôt que de « taper sur la table », l’expert prône une approche multilatérale, en associant d’autres pays européens aux négociations sur les expulsions. « Il faut sortir des clichés postcoloniaux et accepter que le rapport de force a changé », insiste-t-il, appelant à un dialogue apaisé. « La décolonisation est une blessure, mais elle ne justifie pas une surenchère punitive. L’avenir des deux pays reste lié, qu’ils le veuillent ou non.

Le Piège de la Mémoire

Alors que la polémique enfle, Michel Pierre met en garde contre une « inversion des réalités ». « Croire que l’Algérie pliera sous la pression, c’est ignorer son ancrage diplomatique et sa résilience. La France doit choisir : répéter les erreurs du passé ou inventer une nouvelle relation. » Un avertissement qui résonne comme un appel à la raison, dans un contexte où les passions historiques menacent de l’emporter sur la realpolitik.   Riad

 

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