Les Marocains indésirables en Espagne

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Ce qui a commencé comme un rassemblement municipal censé apaiser les tensions après l’agression d’un retraité espagnol s’est transformé en une véritable explosion sociale. Depuis vendredi soir, la petite commune côtière de Torre Pacheco, située dans la région de Murcie, est le théâtre d’affrontements violents opposant des résidents d’origine marocaine à des groupes extrémistes venus de l’extérieur. Une situation inquiétante qui révèle non seulement une montée des tensions raciales, mais aussi une instrumentalisation politico-médiatique de la peur.

Tout a basculé jeudi dernier lorsque Francisco G., un homme âgé de 71 ans, a été violemment agressé en pleine rue. L’identité du ou des auteurs reste encore incertaine, mais cela n’a pas empêché la machine à rumeurs de s’enflammer. Très rapidement, des messages circulant sur les réseaux sociaux ont attribué l’acte à des jeunes issus de la communauté nord-africaine locale, alimentant une vague de colère et de xénophobie. Ce contexte inflammable a été exploité par des groupes radicaux, étrangers à la ville, qui ont vu là une opportunité pour semer le chaos.

La mairie avait organisé vendredi soir un rassemblement destiné à promouvoir la cohésion sociale, mais très vite, ce dernier a dégénéré. Des affrontements entre habitants du quartier et militants d’extrême droite se sont succédé toute la nuit, poussant les autorités à faire appel à la police antiémeute de Valence. Et si la journée de samedi semblait calme en apparence, la soirée a relancé les hostilités : dès 20 heures, des centaines de militants identitaires se sont rassemblés au cœur de la ville, scandant des slogans haineux contre les immigrés. Cinq personnes ont été blessées, plusieurs interpellations ont eu lieu.

Torre Pacheco, avec ses 35 % de population étrangère – dont une large part issue de l’immigration marocaine –, est l’une des communes les plus cosmopolites de la région. Pourtant, ces derniers jours, elle est devenue le symbole d’un paysage social divisé, manipulé par des forces politiques qui voient dans l’immigration une menace plutôt qu’une richesse.

Le parti d’extrême droite Vox ne s’y est pas trompé. José Ángel Antelo, responsable régional du parti, a pris part samedi à une manifestation organisée par des groupes radicaux locaux, profitant de l’occasion pour brandir son discours sécuritaire et anti-immigré. “Nous ne voulons pas de ces gens-là dans nos rues ni dans notre pays”, a-t-il lancé devant une foule acclamante. “Nous allons tous les expulser : il n’en restera pas un seul.” Un appel à la haine qui résonne cruellement dans une Europe où les spectres du nationalisme refont surface.

Les médias locaux, comme La Opinión de Murcia, alertent sur la gravité des événements et sur la polarisation croissante de la société civile. El País, quant à lui, souligne comment l’extrême droite utilise ce drame humain pour criminaliser une communauté entière, exploitant à des fins politiques un fait divers tragique. Sur les réseaux sociaux, les messages haineux se multiplient, visant notamment les familles marocaines, accusées sans preuve de “menacer la sécurité” de la ville.

Dans ce climat délétère, les appels à la raison sont étouffés par les cris de haine. Le gouvernement local tente tant bien que mal de contenir la crise, tandis que les forces de l’ordre multiplient les patrouilles pour éviter que la situation ne dérape davantage. Mais face à la montée de l’extrémisme, la question dépasse désormais les frontières de Torre Pacheco. Elle concerne l’ensemble de l’Espagne, et au-delà, l’Europe tout entière.

Car derrière cette affaire, c’est bien une lutte idéologique qui se joue : celle entre une société multiculturelle et inclusive, et une vision repliée sur soi, nourrie de peurs irrationnelles et de fantasmes identitaires. Tant que la violence verbale et physique continuera à être encouragée par certains acteurs politiques, Torre Pacheco restera une ville sous tension, miroir troublant d’un continent en proie à ses démons. Charef Slamani

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