L’Union africaine : entre ambitions et réalités

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Depuis sa création en 2002, l’Union africaine (UA) n’avait jamais été confrontée à une telle multiplication de coups d’État qu’au cours de ces dernières années. Malgré des mécanismes sophistiqués et des décennies d’efforts pour stabiliser le continent, l’organisation peine à endiguer les changements anticonstitutionnels de régime et les conflits persistants. Comment expliquer ce fossé entre ses aspirations panafricaines et ses résultats tangibles ?

Née pour remplacer l’Organisation de l’unité africaine (OUA), l’UA s’est dotée dès son origine d’une « Architecture africaine de paix et de sécurité » (APSA). Ce dispositif comprend un Conseil de paix, une Force africaine en attente (FAA) et un système d’alerte précoce. Sur le papier, ces outils offrent des moyens d’intervention militaires, de médiation et de supervision des transitions démocratiques. Dans les faits, leur efficacité est minée par une coordination déficiente avec les organisations sous-régionales (CEDEAO, SADC, etc.) et une FAA rendue inopérante par des lacunes logistiques et un financement erratique.

L’UA dépend à 75 % de financements extérieurs (ONU, UE, États-Unis) pour ses opérations, comme en témoigne la mission ATMIS en Somalie, dont le coût s’élève à 1,5 milliard de dollars annuels. Malgré la création d’un Fonds pour la paix (doté de 610 millions de dollars), l’autonomie budgétaire reste illusoire. Cette précarité financière affaiblit non seulement sa crédibilité, mais aussi sa capacité à agir indépendamment des influences étrangères.

Lors d’un discours au siège de l’UA à Addis-Abeba, le président Abdelmadjid Tebboune, président du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), a réaffirmé l’engagement de l’Algérie à renforcer cet outil clé pour la promotion de l’État de droit, de la lutte anticorruption et des droits de l’Homme. Face à la « situation financière critique » du MAEP, il a exhorté les États membres à honorer leurs obligations et annoncé une contribution volontaire de l’Algérie d’un million de dollars. Un geste salué par l’ensemble des membres.

Depuis 2018, l’UA tente de se réformer : augmentation des contributions étatiques, clarification des rôles entre institutions centrales et régionales, gestion proactive des crises. Pourtant, les résultats restent mitigés. Les divisions géopolitiques, les priorités nationales divergentes et la compétition pour le leadership continental continuent de paralyser l’action collective.

L’UA incarne un idéal panafricain nécessaire, mais son avenir dépendra de sa capacité à concrétiser trois chantiers prioritaires, la souveraineté financière, le Leadership politique et la réforme opérationnelle. Si l’UA dispose d’outils théoriques pour agir, son efficacité repose sur une volonté politique encore fragmentée. Sans unité et sans ressources pérennes, elle restera un géant aux pieds d’argile. La question est désormais existentielle : l’Afrique peut-elle écrire sa propre histoire, ou restera-t-elle prisonnière des agendas extérieurs ?  Riad

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