Entre les bâtiments modernes des Mandarins et le quartier populaire de Raisin-ville, ce sanctuaire séculaire continue de battre au rythme des visites des fidèles, défiant le temps et l’urbanisation. Au détour des ruelles animées qui lient les nouvelles constructions urbaines au vieux quartier populaire de Raisin-ville, un dôme blanc capte le regard du passant. C’est le mausolée de Sidi Bouzouina, un haut lieu de la mémoire spirituelle locale.
Fait partie de ces lieux anciens qui conservent une place particulière dans la mémoire de Mostaganem. Fréquenté par des personnes qui viennent s’y recueillir, ce sanctuaire rappelle l’existence d’un patrimoine spirituel populaire dont l’histoire mérite d’être mieux connue et préservée. Dans une ville où les traditions, les récits des anciens et les lieux de mémoire se transmettent souvent de génération en génération, le mausolée de Sidi Bouzouina suscite un intérêt particulier. Il constitue un repère pour les habitants qui connaissent son existence et qui continuent de lui accorder une place dans leurs souvenirs. Derrière ce lieu discret se dessine ainsi une partie de l’histoire humaine et spirituelle de Mostaganem, une histoire qui ne se résume pas uniquement aux grands monuments connus du public. Les recherches documentaires consacrées aux repères religieux de Mostaganem mentionnent le nom de Sidi Bouzouina parmi les figures associées à la mémoire spirituelle locale. Cette référence constitue un premier indice intéressant, même si elle ne permet pas, à elle seule, de retracer avec précision sa vie, son époque où les circonstances dans lesquelles son mausolée a été établi. Le mausolée représente également un élément de la mémoire des quartiers qui l’entourent. Les bâtiments des Mandarins et Raisin ville appartiennent à un environnement urbain dont les transformations ont accompagné l’évolution de la ville. Au milieu de ces changements, les lieux anciens peuvent conserver une continuité symbolique, rappelant aux habitants que l’histoire d’un quartier est aussi faite de traditions, de souvenirs familiaux et de repères qui traversent les générations.. Le mausolée de Sidi Bouzouina, un havre de spiritualité niché au cœur du béton, alors que la ville de Mostaganem s’étend et se modernise, ce sanctuaire ancien demeure un repère immobile, un espace de paix préservé où l’histoire se transmet encore de bouche à oreille. Un gardien invisible entre tradition et modernité Géographiquement enclavé entre le développement des grands ensembles immobiliers et l’authenticité de Raisin-ville, le mausolée frappe par sa position. Il témoigne de l’époque où la cité des « Murustaga » s’organisait autour de ses saints patrons et de ses espaces sacrés. À l’image des célèbres gardiens de la ville comme Sidi Said au centre-ville ou Sidi Maazouz à Tigditt, Sidi Bouzouina fait partie de cette ceinture spirituelle qui protège les quartiers populaires. Si sa biographie exacte reste mystérieuse et peu documentée par les historiens contemporains, la mémoire collective locale supplée ce manque. Pour les anciens du quartier, il était un homme pieux, un sage adepte du soufisme qui prêchait la paix, le partage et la bienveillance (comme le suggère la douceur de son nom, Bouzouina).Chaque semaine, et particulièrement les vendredis, le mausolée s’anime. Des femmes, des enfants et des vieillards franchissent son seuil. On vient y chercher la baraka (bénédiction), y allumer une bougie, ou simplement trouver un instant de sérénité loin du bruit de la ville. « C’est un lieu qui appartient à notre quotidien », confie un habitant de Raisin-ville. « Nos parents y venaient, nous y venons, et nos enfants y courent autour. Ce n’est pas juste de la pierre, c’est l’âme de notre quartier. » Ces visites traditionnelles transforment le mausolée en un véritable régulateur social, un lieu de solidarité où l’on partage parfois des repas (la waâda) et où l’on s’enquiert des nouvelles des voisins. Aujourd’hui, le principal défi de Sidi Bouzouina est sa cohabitation avec le béton environnant. Écrire sur ce mausolée, c’est braquer les projecteurs sur la nécessité de restaurer ces édifices pour qu’ils ne soient pas étouffés par la modernisation et délaisser a leurs sorts. En attendant, le mausolée de Sidi Bouzouina reste debout. Entre ferveur populaire et mémoire préservée, il continue de murmurer le passé de Mostaganem aux oreilles de ceux qui savent encore l’écouter. Par Tayeb Bey Abdelkader






























