Quand la route devient une affaire d’État 

0
225

L’Algérie saigne chaque jour sur ses routes. Des familles brisées, des destins fauchés, des vies amputées par l’imprudence, la négligence, parfois l’indifférence.

Par Belkacem

Les statistiques, implacables, font de la route l’un des premiers bourreaux publics du pays. C’est dire si le nouveau projet de loi sur la circulation routière arrive à point nommé, avec la promesse d’un tournant majeur dans la lutte contre ce fléau devenu endémique.

Mais cette fois, le ton change. Vingt ans de prison pour un conducteur imprudent : le message est clair, presque brutal. L’État choisit la fermeté — et peut-être enfin, la responsabilité. Car ce texte, inédit par son ampleur, ne se limite pas à punir : il réforme, encadre, responsabilise toute la chaîne. Le conducteur, bien sûr, mais aussi le propriétaire du véhicule, les auto-écoles, les agences de contrôle technique, les collectivités locales et même les gestionnaires des routes. La sécurité routière devient une « responsabilité partagée ».

Ce projet de loi ne se contente pas d’augmenter les peines, il impose un « nouvel ordre moral » sur la route. Examen médical périodique, dépistage obligatoire de stupéfiants, permis probatoire pour les jeunes conducteurs, contrôle électronique des infractions, lutte contre les pièces détachées frauduleuses… L’État entend reprendre la main sur un espace devenu anarchique. Mieux encore, il crée un « Conseil national de la sécurité et de la sûreté routières », sous l’autorité directe du Premier ministre — signe que la question n’est plus une simple affaire administrative, mais un enjeu de société.

Certes, la sévérité des peines interroge. Vingt ans de prison pour un accident, aussi dramatique soit-il, pourra sembler excessif à certains. Mais faut-il rappeler qu’un volant mal tenu peut être une arme ? Faut-il compter les enfants fauchés sur le chemin de l’école, les familles décimées par des chauffeurs drogués ou des véhicules trafiqués ? L’indulgence a trop longtemps tué.

Reste à espérer que la rigueur de la loi ne s’arrête pas au papier. Car la sécurité routière ne se décrète pas seulement par des textes : elle s’éduque, se construit, s’incarne. Les auto-écoles devront enseigner la discipline autant que la conduite ; les contrôles techniques devront être réels, pas négociés ; les routes devront être entretenues, signalées, éclairées. Sinon, la plus belle loi restera lettre morte.

Avec cette réforme, l’État algérien semble vouloir marquer un nouveau départ. Un pacte entre les citoyens et la route. Pour que la vitesse ne soit plus synonyme de mort, et que chaque klaxon ne soit plus un cri de détresse.

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici